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Mille milliards plus tard… voici le bourreau

23/07/2010
Lorsque l’Allemagne se met en colère parce qu’on lui demande de payer la note que la Grèce a laissé chez l’épicier, c’est toute l’Europe qui semble prendre conscience de ses errements passés, qui reconnaît avoir vécu très largement au-dessus de ses moyens. De la Belgique à la Méditerranée, tous les gouvernements ont sorti la tenue de rigueur, rigueur obligatoire pour tous et pas de manière homéopathique : il va falloir tailler dans le gras (dans le mammouth aurait dit un certain Claude Allègre), cette « mauvaise graisse » dont le cholestérol économique se mesure à l’échelle des déficits. Tous les gouvernements ? Pas tous en fait, puisqu’en France on se refuse encore à évoquer la rigueur, ce mot terrible qui fit chuter Pierre Mauroy et la belle expérience née avec le 10 Mai 1981.

Eloignez les enfants !
Pas de ça chez nous, la rigueur ne passera pas ! D’ailleurs, les Français ne l’accepteraient pas. C’est en substance ce que les élus de droite et de gauche nous disent face à la mitraille des divisions d’Angela Merkel. C’est bon ce patriotisme, ça nous tire des larmes, il ne nous manque qu’un Daladier revenant de Munich avec la promesse de congés supplémentaires et d’une victoire en coupe du Monde.
Remarquez, on peut le comprendre, aujourd’hui un parlementaire n’est plus qu’une sorte d’assistante sociale qui distribue de la subvention, des aides et des allocations. Impossible de promettre de la sueur et de la rigueur, on va donc se mettre d’accord entre républicains de mêmes valeurs pour dire qu’on fera payer le capital.
Et entre nous, comment voulez-vous dire aux Français qu’il faudra travailler plus et plus longtemps au moment où tout le monde a déjà essayé le nouveau maillot de bain et les tongs ? De plus, c’est toujours bien de montrer du doigt le capital, ce sont les méchants qu’on fera payer (certains disent « cracher » !), il ne manque que des caricatures de riches et une bonne exposition à Paris où on pourrait montrer au peuple, le vrai, des portraits de méchants et de salauds qui gagnent bien leur vie. On sait faire ce genre de saloperies en France.
Car si nous devons débourser 1.000 milliards d’euros pour financer les dépenses publiques (56% du PIB), s’il nous manque 130 milliards pour boucler l’année, si notre dette dépasse les 1.500 milliards, si les prélèvements obligatoires coulent l’emploi, tout cela c’est à cause des « méchants » qui trahissent la République en gagnant trop d’argent. Sauf bien sûr les « gentils » sportifs qui sont là pour amuser le peuple.
Donc c’est dit, de Sarkozy à Martine Aubry, en passant par les dirigeants des centrales syndicales qui doivent représenter moins de 10% des salariés du privé, tous ensemble sont d’accord pour mettre sur le dos des autres cette crise que tout le monde reconnaît comme l’une des plus sérieuses de l’Après-Guerre.

Retour à la « vraie vie »…

« La vie commence lorsqu’on navigue loin des sécurités permises » écrivit Pierre Mac Orlan dans son « Petit manuel du parfait aventurier ». Mais il y a bien longtemps que nous naviguons exclusivement dans des eaux calmes, chaudes et sécurisées. Nous avons tellement perfectionné le système qu’il nous est désormais impossible d’en changer le moindre élément sans remettre en question son existence même. Impossible, paraît-il, de se passer des services d’un seul des cinq millions de fonctionnaires, impossible de faire passer de 17 à 20 le nombre d’enfants dans une crèche sans augmenter du même nombre le personnel qualifié ou pas, impossible d’imposer à ceux qui refusent cinq jobs de suite de prendre le sixième sous la menace d’une suppression des droits au chômage, impossible de supprimer une aide ponctuelle, le ponctuel devenant aussitôt un acquis.
La déraison aurait-elle envahi notre pays au point que nous ne puissions même plus envisager de vivre autrement, c’est-à-dire plus en adéquation avec cet environnement économique nouveau apparu depuis que les pays dits émergents ont effectivement émergé ? Où nous croyons-nous, sur une planète à part, à « ExceptionLand » où la vie ne serait que plaisirs, loisirs, vacances et revenus garantis par l’Etat ? Va-t-on comprendre que nous n’avons plus les moyens que nous faisions semblant d’avoir à coups de déficits et de dettes, que notre salut est dans le travail bien fait, dans le retour d’une véritable industrie, celle qui permet d’exporter, avec des coûts compétitifs.
Chaque année, 50 millions de Chinois sortent de la misère et accèdent à un meilleur niveau de vie. 50 Millions ! Des Chinois, mais aussi des Indiens, des Pakistanais, demain des Africains, autant de main d’œuvre pas chère qui fabriquera à bon prix pour envahir davantage nos marchés et ruiner un peu plus notre outil industriel… alors qu’il nous faut penser autrement, à l’envers, et se convaincre que ces dizaines de millions de nouveaux consommateurs auront besoin de produits manufacturés que nous pourrions produire. En ne changeant rien nous deviendrons totalement dépendants d’eux, même là où ça ne se voit pas dans l’immédiat : bourrés de liquidités (des produits manufacturés et des ressources énergétiques), ils rachètent des obligations d’Etat et financent nos déficits et notre dette, mais également investissent dans nos entreprises, nos banques, ils nous prêtent l’argent qu’ils ont gagné en nous inondant de leurs produits souvent à la limite de la camelote, comme ces fameuses chaussures à deux euros.

La marche en avant
D’après la Cour des Comptes, en un peu plus de vingt ans, les dépenses des collectivités territoriales ont été multipliées par cinq en France avec, pour corollaire, l’embauche d’un million de fonctionnaires (+ 47% des effectifs dans les communes). Et ça se voit. Il y a quelques jours, j’ai pu apprécier avec quelle efficacité les fleurs d’une plate-bande séparant les deux voies d’une rue étaient rafraîchies : quatre employés communaux et deux véhicules étaient à la manoeuvre arrosoir ! Un autre exemple ? D’ici à quelques mois, le ville de Vienne inaugurera sa nouvelle médiathèque Le Trente qui, soit dit en passant, aura coûté ce que nous n’avons plus les moyens de payer, mais qu’importe ! Les élus sont heureux de nous annoncer la création de l’équivalent de dix emplois pleins supplémentaires, sans compter les frais de fonctionnement annexes. Pour info, sachez que la Communauté de communes voisine avait proposé de participer au projet afin de mutualiser les coûts avec plusieurs communes intéressées, mais l’idée n’a pas été appréciée à sa juste valeur, sans doute ne voulait-on pas partager les honneurs d’une inauguration sur son Trente… et un. Quant à la facture, c’est aux contribuables qu’elle sera adressée, enfin à un sur deux puisqu’il paraît qu’à Vienne seulement un contribuable sur deux paie la taxe d’habitation.

La rigueur
Pas la peine de chercher un autre mot. Ou nous décrétons un véritable plan de rigueur ou nous coulons à pic, condamnant par là même une ou deux générations à venir. Certes la rigueur est par définition difficile à supporter, mais elle a aussi une qualité : elle n’est pas forcément éternelle. De plus, appliquée avec discernement elle peut très vite produire ses effets, à condition qu’elle ne soit pas réservée aux seules « victimes » désignées par avance par les marchands d’illusions d’une classe politique défendant son pré carré. Les salariés du privé et du public doivent être soumis aux mêmes conditions, aux mêmes efforts, tout comme ceux qui profitent d’un système ultra-protecteur depuis longtemps, notamment à travers des aides et des allocations distribuées avec largesse par l’Etat, en clair on ne rasera plus gratis chez le barbier. Oui, la rigueur est plus que nécessaire faute de quoi on sait exactement comment cela se terminera : par une inquisition fiscale qui tuera encore plus l’emploi, donc creusera davantage les déficits, ce que l’on tentera de stopper, sans y parvenir, par une autre inquisition fiscale.
Nos élus seraient-ils si lâches qu’ils ne peuvent dire la vérité aux Français ? Ou alors, et c’est plus grave, peut-être ne sommes-nous pas capables d’entendre cette vérité, alors retour à ce cher Daladier revenant de Munich avec que des bonnes nouvelles. S’il vous plait monsieur le Bourreau, encore quelques minutes…

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