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Quelle économie et pour quel type de société ?

20/01/2012
Que pour nous mettre dans le bain à quelques jours de la rentrée le Président convoque son ministre de l’Economie et celui du Budget à Brégançon pour une partie de Monopoly pourquoi pas, mais qu’on nous fasse le coup de l’alerte à la bombe parce qu’il y aurait urgence à sauver le fond de commerce avec annonce médiatique genre cirque Pinder ce soir dans votre ville avec ses acrobates, ses jongleurs, ses fauves et ses économies drastiques sur le fil… de grâce, calmons nous. L’urgence ne date pas de cet été, elle a trente ans, trente années passées à dépenser sans compter l’argent qu’on gagne et celui qu’on ne gagne pas, l’argent des autres et l’argent de l’année prochaine. Dommage que ce cirque-là n’ait pas programmé les clowns, au moins on aurait fait rigoler les enfants.

 

Quand les experts constatent

On a comme l’impression que tout le monde vient de découvrir l’eau tiède. Comment, vous rendez-vous compte, il paraît que le seul remboursement annuel des intérêts de la dette (qui a dépassé les 1.500 milliards) correspond quasiment à ce que rapporte l’impôt sur le revenu… déjà parti ! Sachant qu’une fois ces intérêts payés, pas un euro de la dette n’a fondu. Si on écoute Madame Aubry ou son porte-flingue Benoît Hamon, le seul responsable c’est Sarkozy. C’est aussi stupide que de décréter la croissance depuis Bercy ou Matignon.

Les responsables sont les pouvoirs successifs qui ont laissé filer les déficits en remettant la vraie rigueur au coup d’après, la patate chaude au successeur. Mitterrand et Chirac ont largement prôné la troisième voie économique, celle d’une exception française entre capitalisme et communisme, arguant du fait que la France est un pays riche qui aura toujours les moyens de payer la note, même à crédit. Alors on a embauché par brassées de millions des fonctionnaires durant trente ans, on a créé des répertoires exhaustifs d’allocations et subventions, on a décidé d’accepter qu’une partie de la population serait assistée à vie. Et tout cela sans se rendre compte que le monde était en pleine mutation, que les émergents émergeaient. La mondialisation nous a blessés, la crise mondiale a bien failli nous tuer. Si la bête n’est pas morte, c’est justement parce que nous avons encore des richesses.

 

Mais pour combien de temps ?

Car apparemment, nous voici au bout. « L’opinion chez un peuple est toujours déterminée par un intérêt dominant » disait Suard. Autre époque certes, mais l’habit fait toujours le moine. L’intérêt dominant aujourd’hui est l’intérêt personnel, chacun pour soi, on verra plus tard pour le collectif. Et tout ça sous couvert justement d’un soi-disant élan collectif qui voudrait nous faire avaler des couleuvres en promo à – 50%. J’exagère ? Allez demander aux manifestants ce qu’ils veulent : plus d’emplois dans les services publics, soit parce qu’ils y travaillent, et plus d’emplois c’est un peu moins de fatigue pour eux, soit parce qu’ils songent y placer leurs enfants, soit parce qu’ils ne paient pas d’impôts et que la note ne les concerne donc pas. Et un autre jour ce sera plus d’allocations, plus de subventions, plus d’argent là où déjà on en met parfois trop sans savoir qui fait quoi. Mais vous ne verrez personne réfléchir sur la meilleure manière d’enrichir le pays et par exemple de développer le commerce, véritable source d’emplois à plus-value. Mot à bannir en France car synonyme de vilains profits, patrons salauds, quand on ne parle pas d’esclavagisme.

Dès l’école, « on » apprend aux jeunes à se méfier de l’exploiteur caricaturé façon 19e siècle. D’ailleurs, nombre de politiques n’ont que mépris et suffisance face à cette réalité d’un pays marchand qui s’occupe de créer les richesses qui paieront les politiques sociales, chasse gardée de ces mêmes élus. A chacun ses pauvres !

 

De la conception moniste de l’économie

Ce serait l’idéalisme économique ou l’économie idéaliste, celle où toute notion d’enrichissement et de profit prévaudrait sur tout le reste. Certains n’hésitent plus aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation de l’économie – ce que nous ne contrôlerons jamais depuis la France – à nous ressortir des théories économiques dignes de Plekhanov, où la seule entorse au monisme serait la distinction entre l’esprit et la matière, le matérialisme étant l’antithèse de l’idéalisme. Bras dessus, bras dessous, les compagnons refusent la démocratie bourgeoise (même révolutionnaire), c’est le mouvement ouvrier qui doit seul prendre le pouvoir. Seul problème, il y a de moins en moins d’ouvriers. Goodbye Lénine !

Même pas grave, l’important c’est d’être contre. Contre les profits, contre la Bourse, contre le capital, contre les patrons, contre l’échelle sociale qui n’applique pas les critères d’égalité, cette égalité qui consisterait à trancher tout ce qui dépasse.

En fait, seul l’Etat est vertueux et économiquement juste. On a bien vu comment les intellectuels ont accueilli l’idée de « travailler plus pour gagner plus » : ah ! Pas de ça chez nous ! L’idéal « moniste », serait une échelle des salaires allant de 1 à 1,2 ou 1,3 (pour les directeurs de coopératives nationales), logements à l’identique, auto petite pour tout le monde, vacances en gîtes ou campings, et le « bon esprit de camaraderie » inscrit au fronton des ateliers. Ne riez pas, des millions de Français seraient prêts à voter pour celui qui proposerait cette utopie d’un autre siècle.

 

De la manipulation

Si la propagande moderne date dit-on de la première Guerre mondiale, elle a de bons restes un siècle plus tard. Récemment, sur France 5 dans l’émission « C dans l’air », l’économiste Philippe Frémeaux évoquait l’injustice d’une TVA identique 19,6%) sur les automobiles entre riches, moins riches, voire pauvres. Voilà bien un modèle de manipulation (ou de propagande cégétiste). On se contentera de rappeler que celui qui achète une auto à 50.000 euros laisse environ 10.000 euros de TVA à l’Etat, celui qui s’offre une Logan à 8.000 euros laissera de son côté environ 1.600 euros de TVA… ce qui est déjà pas mal. C’est un peu comme faire croire que le bouclier fiscal (à moins d’un milliard par an) serait responsable de nos déficits à 140 milliards, ou encore de nous bassiner  avec « un chômage qui n’a jamais été aussi haut en France », alors qu’il dépassait les 10% en entre 1997 et 1999, et qu’il les tutoyait entre 1985 et 1987, c’est-à-dire sous Chirac et sous Mitterrand. D’ailleurs, n’est-ce pas cette France-là qu’il faut réformer, celle que ni Mitterrand et ni Chirac n’ont préparée à la réforme et aux grands défis mondiaux ? Il est aussi intéressant de noter que ceux qui avaient entre 20 et 30 ans en 1981 et débutaient dans la vie active, sont ceux qui aujourd’hui veulent partir en retraite. Ceux-là ont eu les meilleures conditions de travail, les meilleurs salaires et des jobs de moins en moins pénibles. Pourtant, ils semblent tellement fatigués…

 

Alors, quelle économie ?

Les déficits d’aujourd’hui sont largement issus de ce qu’il a bien fallu consentir comme aides afin de pallier au mieux les méfaits induits par la crise. Fallait-il abandonner ceux qui étaient en train de perdre leur emploi et ceux qui l’avaient perdu ? Que n’entendrions-nous pas aujourd’hui. Car on peut aussi le souligner en passant, c’est la France marchande et la France au chômage qui ont le plus souffert de la crise, pas les salariés de la Fonction Publique qui n’ont pas vu disparaître un euro sur leur fiche de paie, n’ont pas risqué de perdre leur job, tout en profitant de la baisse des prix dans nombre de secteurs. 

Alors, quelle économie et pour quel type de société ? Car nous en sommes là, il fallait bien que cette épineuse question arrivât un jour. Depuis trop longtemps nous jouons sur les deux tableaux, économie libérale et économie étatisée. Et force est de reconnaître que le camp libéral, malgré tout ce qu’on peut nous dire à longueur de temps, a perdu beaucoup de terrain en France ces vingt dernières années. Ceux qui contestent cette évidence n’ont qu’à jeter un œil sur les tableaux de bord nationaux : 56% du PIB pour les dépenses publiques, un record européen (les gros bataillons étant les transferts sociaux, les salaires des fonctionnaires, le RSA, la CMU), 43% du PIB en prélèvement obligatoires, doublement du nombre de fonctionnaires en 30 ans alors que la population n’a augmenté que de 20% dans le même temps, et une dette sociale qui va augmenter pour cette seule année 2010 de 30 à 35 milliards… et on nous dira que la politique sociale est laminée dans ce pays !

Pendant ce temps, le commerce mondial est reparti vers la croissance comme avant la crise, même l’Allemagne en profite, mais pas nous. Pas nous parce que malgré les effets d’annonces, rien ne peut plus endiguer cette marée qui va nous submerger irrémédiablement. Comment voulez-vous assainir la situation avec un plan d’économies d’environ 10 milliards alors que les dépenses publiques sont de l’ordre de 1.000 milliards ? Il faudrait sortir 100 milliards chaque année pour espérer rester au sec ou au pire avec juste les pieds mouillés.

On le voit, il ne s’agit plus d’un choix entre Sarkozy, Aubry, Strauss Kahn ou quelques autres qui ne manqueront pas de nous présenter leur collection 2012 d’ici à quelques mois avec dépenses sociales en tête de gondole, il ne s’agit même plus d’ergoter façon bobo entre croissance et décroissance, il s’agit désormais de définir une nouvelle société à travers une économie « assagie ». Notre situation actuelle est la note qu’on nous présente après trente années de vagabondage, de dépenses incontrôlées parce qu’il fallait raser gratis et installer le pinard sur l’évier.

Mais le plus grave n’est pas de faire ce constat, c’est ce qu’il va nous arriver lorsque les gens, lassés, apeurés ou simplement idiots, en appelleront aux extrêmes pour redresser la situation. Aux abris mes frères, car la machine à baffes fera très mal. Mais après tout, on l’aura peut-être bien cherché !

 

 

Jean-Yves Curtaud

09/2010

 

 

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