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Les Hohenzollern et le Bauhaus ont façonné Berlin avec rigueur et créativité

30/01/2012
Avec le sérieux d’un Concerto de Bach dirigé par Leopold Stokowski en 1960 quelques jours avant la mise en chantier d’un drôle de mur, concerto dédié au Margrave de Brandebourg en tout début du 18ème siècle, la ville, dont la première mention fait part en 1237 de deux villages appelés Berlin et Cölln sur les deux rives de la Sprée, a réussi en vingt ans à se refaire une stature de capitale internationale, et ce après une déchirure de quatre décennies qui avait séparé deux générations successives. Le 20 juin 1991, il y a pile vingt ans, Berlin retrouvait son statut de capitale de l’Allemagne réunifiée un an auparavant, et moins de deux ans après la disparition de ce Mur de la honte qui délimitait, bien au-delà de la véritable frontière, deux mondes, le monde dit libre et le monde communiste.

 

 

Mouvement perpétuel

« C’est ici et maintenant, parce que Berlin expérimente tous les possibles » entend-on souvent, certes on pourrait appliquer l’antienne au Bauhaus, mouvement architectural et graphique né à Weimar en 1919 et mené par Kandinsky, Klee, Wangenfeld ou Breuer, et très présent à Berlin, ou pourquoi pas à cette décadence des années 20 et 30 illustrée par cabaret, à cette culture qualifiée d’underground en réponse à l’occupation soviétique, voire encore à cette colossale métamorphose que vient de vivre la ville durant ces deux décennies et qui pourrait trouver son point d’orgue au labyrinthe méditatif érigé par le New-yorkais Peter Eisenman, monument dit Holocaust-Mahnmal (Mémorial de l’Holocauste) composé de 2.711 monolithes de béton posés à même le sol à deux pas de la Porte de Brandebourg et sous les fenêtres de l’ambassade des Etats-Unis.

Ce mouvement s’illustre encore à Berlin par l’art urbain qui utilise la rue pour la libre expression d’étudiants des métiers artistiques quand pochoirs, collages et stickers rivalisent de créativité, pas toujours à bon escient, soyons honnêtes. Ce qui n’est pas le cas le long des 1.300 mètres de Mur sauvegardés du côté de « L’East Side Gallery » où une centaine de fresques réalisées par des artistes du monde entier parlent de l’histoire de la ville durant cette séparation est-ouest. Unique vestige d’un mur érigé en 1961 et long de 165 kilomètres (dont 43 intra-muros) et parallèlement équipé de 60 kilomètres de grillages, de 300 miradors et surveillé par quelque 14.000 gardes-frontières chargés d’empêcher de fuir par tous moyens, y compris par les armes, ceux qui ne trouvaient plus leur bonheur à l’est (il y eut plus de 200 morts et plus de 3.000 arrestations). On ne faisait pas les choses à moitié pour stopper le « mouvement »…

 

Des Hohenzollern à l’avant-gardisme

C’est avec les Hohenzollern, princes-électeurs de Brandebourg, qui firent élever un premier château à Cölln, l’une des deux bourgades originelles, que Berlin s’imposa comme capitale à partir du 15ème siècle. 

Le premier roi de Prusse, au sein du Saint Empire Romain Germanique, Frédéric 1er, sera un grand bâtisseur, il va pousser la ville au-delà des anciens bastions. Le château de Charlottenburg, du nom de son épouse la reine Sophie-Charlotte, qu’il fera édifier au début du 18ème siècle, reste l’un des symboles de la puissance berlinoise, à l’époque du Mur, il était la destination branchée par excellence. Mais le « Berlin Mitte » est passé par là, c’est le centre où « tout se passe » entre la Porte de Brandebourg et l’Alexanderplatz, culture, boutiques, bistros et restaurants à la mode…

Son successeur, Frédéric II le Grand, poursuivra son œuvre, on lui doit par exemple la célèbre Unter den Linden (l’avenue sous les tilleuls) au bout de laquelle sera édifiée en 1789 cette monumentale Porte de Brandebourg, qui jusqu’en 1989 était dans la partie Est de Berlin. Porte triomphale à six colonnes doriques, elle symbolise désormais la liberté retrouvée. C’est juste à côté que se dresse le Reichstag, parlement incendié en 1922 par les nazis et qui abrite depuis 1999 le Bundestag.

Après Bismarck, qui réussit à donner une âme à Berlin sur le dos de Napoléon, après le Grand Berlin des années 20, creuset d’une expérience artistique unique tant du côté de l’écriture avec Brecht et Reinhardt, que du côté des arts naissants comme le cinéma avec Fritz Lang et Marlène Dietrich, il y eut le régime nazi qui mit entre parenthèses ce qui était dénommé « l’art dégénéré » par des hommes qui seront responsables de la destruction de la moitié de la ville en 1945… et de son partage en quatre zones d’occupation : le 2 mai 1945, le drapeau rouge flottait sur le Reichstag.

La transmission entre le 20ème et le 21ème siècle fut une bonne nouvelle en ville : le 31 août 1990, le traité d’union entre la République Fédérale d’Allemagne et la République Démocratique d’Allemagne est signé au palais Unter den Linden à Berlin Est, l’ancien palais du prince Héritier. « L’article 2 désigne Berlin comme capitale de l’Allemagne de demain. » La RDA adhèrera à la RFA le 3 octobre 1990, et Berlin sera à nouveau capitale de l’Allemagne le 20 juin 1991.

 

A voir en ville…

On l’a dit, la Porte de Brandebourg, le Reichstag et l’avenue Unter den Linden (avec les grandes ambassades dont celle de l’ex-Union Soviétique construite en 1949 dans un style très stalinien) sont concentrés dans un même périmètre. Le Tiergarten, grand jardin public, leur est adossé. A l’autre bout d’Unter den Liden, souvenir avec Alexanderplatz, ex-centre de la vie urbaine à Berlin Est.

Par la diagonale de plus de dix kilomètres qui traverse la ville , après avoir croisé la colonne de la Victoire, le Château de Charlottenburg et son parc vous accueillent pour un moment bucolique au cœur de la capitale. A voir, les appartements et le musée, galerie nationale et musée des arts décoratifs.

Musées, galeries privées, architecture contemporaine et parfois décalée, ancien blockhaus transformé en musée-restaurant, lieux historiques comme le Stasi-Zentrale (ancien siège de la police politique) au Lichtenberg, nouvelle Gare Centrale, belle cathédrale de verre, nouvelle Chancellerie Fédérale… Berlin change radicalement tout en conservant les traces nécessaires à une bonne compréhension de l’histoire récente pour les générations d’après le Mur.

On parle aussi de « l’estalgie » ou nostalgie de l’ancien Berlin Est, une nostalgie souvent synonyme de commerce d’objets et ambiances « revécues », mais personne n’ose imaginer que l’on pourrait à nouveau monter des moellons et des barbelés pour empêcher des gens de vivre ensemble, ici à Berlin comme ailleurs en ex-RDA, car rappelons-le, Berlin Ouest n’était qu’une île isolée au milieu de la RDA.

 

Reportage et photos, Le Chroniqueur (mai 2011)

 

 

 

 

 

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