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Requiem pour une exception

14/07/2012
Faudra-t-il commander un requiem pour PSA afin que chacun fasse son deuil d’une histoire qui est en train de s’achever, « un séisme » pour reprendre l’expression de l’une de nos pointures nationales de la sphère économique, M. Bernard Thibault, contremaître à la CGT ? En fait, le requiem sera pour ce magnifique symbole de notre suffisance, de notre nombrilisme et de notre irresponsabilité chronique, à savoir « l’exception française », cette exception qui a nous permis d’ignorer les bouleversements économiques comme un skieur poursuivi par une avalanche nous dira tous les cent mètres, « jusqu’ici tout va bien ! »

 

 

Le mur ? On y est !

« L’avenir, c’est du passé en préparation » disait ce grand philosophe français du 20ème siècle, Pierre Dac. Stoppons notre aveuglement et regardons le monde tel qu’il est désormais, comme il est devenu depuis le changement de siècle et de millénaire, faute de quoi notre avenir risque de ne plus être que de bons souvenirs du passé. Car si nous persistons à vivre avec aheurtement très au-dessus des moyens de notre époque, nous n’allons pas tarder à croiser des centaines de millions de terriens, principalement domiciliés au nadir, eux en train de grimper sur l’échelle sociale, et nous en train d’en dégringoler. 

« Voici venu l’hiver tueur de pauvres gens » raconte la Chanson des Gueux, cet hiver sera celui où il fera moins 20 degrés sur nos acquis et nos obstinations.

Apparemment, d’après ce que disent nos élus et nos médias, qui parfois ont tendance chez nous à trop se fréquenter, les dirigeants de chez Peugeot ne seraient que des loups affamés et tueurs de petits chaperons rouges et de mère-grand. Quelle mystification ! La vérité est ailleurs, la vérité est que nos entreprises ne gagnent plus d’argent et que les investisseurs ne viennent plus chez nous. A la seule lecture d’une feuille de paie ils partent en courant ! Et là il ne s’agit plus d’histoire de voitures qui se vendent mal, il s’agit de coûts de fabrication.

Regardez l’Angleterre dont l’industrie automobile a été portée en terre au cours des décennies passées : plus une seule marque nationale, même Jaguar est devenu émergent en Inde, et pourtant 1,5 million d’autos fabriquées en 2011 dans les usines Toyota, Honda, Nissan et Ford du Royaume uni. De plus, 7 milliards d’investissements sont programmés sur dix-huit mois avec General Motors, BMW et Jaguar. Désormais on produit plus d’automobiles en Angleterre que durant les années 70. Et je ne parle pas de l’Allemagne où le constructeur Volkswagen a réalisé l’an passé 15 milliards de bénéfices… de quoi s’offrir sept fois Peugeot.

Non, messieurs Hollande, Ayrault, Montebourg, Thibault et tous les accusateurs patentés, ce n’est pas l’auto qui va mal en France, c’est toute notre économie, et ceux qui prédisent notre arrivée dans le mur ont un tour de retard, dans le mur, nous y sommes. Alors, chantons ce requiem pour une exception, chantons…

 

 

Combien ça coûte ?

Les professions libérales reçoivent un relevé annuel en provenance de leur caisse d’assurance maladie : monsieur Jean Bon, nous avez coûté tant en 2011 à votre caisse. C’est bien, au moins on a une visibilité sur le moment. Et pourquoi ne pas faire la même chose pour tous les citoyens ? En début d’année, chaque famille recevrait son relevé avec les sommes versées par les organismes officiels au titre de la sécurité Sociale, de la CMU, des allocations familiales, allocations logement, allocation rentrée, RSA et autres transferts sociaux.

Ainsi, une famille qui aurait reçu en un an 15.000 ou 20.000 euros, toutes aides confondues, saurait qu’elle a été financée à hauteur d’un emploi au SMIC… en restant parfois à la maison. Bien sûr, on ne compte pas l’allocation chômage qui est due en cas de perte d’emploi.

Il ne s’agit pas de rendre public ces comptes personnels, dire que la famille Machin-Bidule a bénéficié de trop de solidarité, mais d’informer ces mêmes familles que tout a un coût, y compris la solidarité. Pour le reste, c’est-à-dire au global, on connaît les chiffres des transferts sociaux, ils représentent environ 40% du PIB. Ce qui est énorme.

En France, lorsqu’un homme tombe à terre dans la rue, on le secoure, on le soigne sans lui demander sa carte d’abonnement à quoi que ce soit. Il n’en est pas partout ainsi. Alors faisons que cela dure et prenons nos responsabilités en oubliant un peu le côté ductile de notre protection. Malheureusement nous n’en prenons pas le chemin : le gouvernement vient d’annoncer 4,6 milliards de dépenses supplémentaires pour la santé, et ce avec un trou de près de 20 milliards. Sans doute allons-nous encore faire appel à la fiscalité pour le financement… et pour tuer quelques dizaines de milliers d’emplois.

 

Un siècle brutal ?

Bien sûr, tout le monde a été surpris par la brutalité des changements économiques, mais beaucoup se sont adapté car il y va de leur survie. Ces changements nés avec le 21ème siècle n’étaient pas une priorité à la fin du siècle précédent. En 1991, dans son ouvrage « Le monde au 21ème siècle, une théorie des systèmes mondiaux » (chez Fayard), l’économiste et sociologue Robert Fossaert n’envisageait l’avènement économique et compétitif de la Chine qu’à la fin du 21ème siècle, et pour ce faire expliquait qu’il fallait au préalable « adapter à une économie un système politique assoupli et une culture ouverte. » En 2012, c’est fait !

Aujourd’hui, une enquête nous apprend que 67% des Français sont d’accord pour faire des efforts. C’est rassurant, mais qu’entend-on par « efforts » ? On vient de porter au pouvoir  une nouvelle majorité qui a promis davantage de confort social, et qui a par ailleurs posé la première pierre aussitôt élue en augmentant massivement l’allocation rentrée. Est-ce que par hasard ces 67% n’attendraient pas des efforts de leurs voisins, eux en étant forcément exonérés ?...

Alors, pour célébrer la brutalité de ce siècle nouveau et enterrer nos illusions devons-nous vraiment chanter ce requiem ou mettre un peu d’optimisme sur nos bannières en songeant à «  l’effet sablier » ? Souvenons-nous que la révolution industrielle avait d’abord provoqué une paupérisation de millions d’hommes avant de se transformer en un fabuleux ascenseur social. Chaque dépression lamine les classes moyennes, chaque reprise les remet en route comme jamais. Durant la seconde moitié du 20ème siècle, c’est toute la France qui fut une immense classe moyenne, ouvriers, employés, fonctionnaires, commerçants, petits patrons… La grande révolution de ce début de 21ème siècle vient avant tout de la manière dont nous produisons. En clair, nous n’avons plus les mêmes cartes en main, à nous donc de jouer nos atouts à bon escient, car dans ce jeux-là il y aura toujours de bonnes et de mauvaises cartes. Mais encore faut-il pouvoir jouer, encore faut-il qu’il nous reste quelque part des marges de manœuvres. Or ces marges ont été rabiotées chaque année un peu plus par des ignorants de la chose économique, des gens qui n’ont jamais vu une entreprise de leur vie, qui ne savent pas comment gagner un marché et ramener des contrats. La grande erreur de la société française est d’avoir donné les clés de la maison, donc de la gestion, à la Fonction Publique, hauts fonctionnaires qui se partagent les postes à responsabilité dans l’Administration et dans les gouvernements, de gauche comme de droite.

Finalement, ce sont eux qui ont écrit ce requiem…

 

J. Nimaud

 
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