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01/09/2012
Les noces ne durent qu’un jour, le mariage toute la vie, on connaît le dicton. En politique, on peut toujours divorcer tous les cinq ans : « putain, encore cinq ans ! » comme aurait dit la marionnette d’un maître Jacques un brin fataliste.
Eh oui, les Français ont l’impression d’avoir la gueule de bois comme après un excès de Picon bière, ou simplement d’avoir été trompés sur la mariée, ou sur la dot. Pourtant, on leur avait bien tartiné les méninges, il fallait se débarrasser coûte que coûte de l’usurpateur pour mettre un type normal à sa place, un type qui avait promis de leur « rendre leur rêve », un type qui saurait s’entourer de grands mamamouchis des provinces les plus reculées, des héros de Nantes et d’ailleurs, que des pointures qui auraient vite fait de tordre le cou à la crise, qui déjà faisait dans sa culotte.

 

 

Quand tout se déglingue

En fait, avec Jules au violon et Léon à l’accordéon, il fallait le faire exprès pour ne pas danser la polka ! Tout ce que l’émigré Hongrois avait raté, le Hollandais volant promettait de nous le remettre dans le bon sens dans l’heure, et sans les mains. On aurait presque applaudi… sans les mains également. Bref, les méchants sortaient leur décamètre pour mesurer leurs abattis, le retour de la gauche plurielle aux affaires serait l’an zéro d’une nouvelle ère de prospérité, de solidarité et des trois chevaux du tiercé dans l’ordre pour tous.

Et puis, allez savoir, la faute à un début d’été pourri, à la victoire d’un cycliste avec le guidon à droite dans le Tour, ou peut-être à cause du Messie qui a raté son train de 6h45 (mais si !), tout s’est mis à partir en vrille très vite, comme un vol d’hirondelles qui auraient décidé de se tirer avant de faire le printemps.

Pourtant, l’espoir est revenu le jour où Fabius a menacé Bachar de lui péter le gros orteil et que l’autre n’a pas moufté. Bon, comme Fabius a crié depuis la Jordanie et que la sono venait d’être rachetée dans un surplus de Woodstock, l’autre à Damas n’a rien entendu, au mieux un pet murmuré façon Madame Butterfly. « Qu’est-ce que c’est ? » a demandé le bon  Bachar … « Syrien, Syrien ! » lui a répondu le généralissime d’astreinte.

 

Que s’est-il passé d’anormal chez les normaux ?

Alors bien sûr, les experts, de Miami à Ermenonville, là où travaillent ceux qui peignent la girafe, ont pensé qu’une malédiction avait frappé ce gouvernement qui se trouvait dans l’obligation d’e-Copé à peine installé. Faut-il appeler un exorciseur pour cette Malédiction 3 en son Dolby ? Car le mal semble profond, jugez-en : on expulse les Roms avec des cadences qui feraient passer Hortefeux pour un disciple de François d’Assise, on explique aux Français que le nucléaire est une discipline quasi olympique, on achète des pelles et des pioches pour installer le gaz de schiste, on supplie l’OPEP de produire encore plus de pétrole, on s’accroche mordicus à son deuxième mandat électif, on demande à la Grèce de rendre des comptes et de monter d’un cran dans la rigueur, on explique que finalement ce n’est pas possible de bloquer le prix de l’essence et qu’il faudra se débrouiller avec 4 centimes de remise, et le tout sur fond de plans sociaux amenés dans des charrettes de licenciements. Manquerait plus qu’on augmente les impôts ! Ah bon, c’est fait ?...

Que s’est-il donc passé depuis cette merveilleuse campagne électorale qui nous annonçait les congés payés et la paix avec l’Allemagne ? Que s’est-il passé d’anormal chez les normaux ?

Il s’est passé trois mois qui ont suffi à plonger les bonimenteurs dans le cambouis jusqu’à la cravate. Trois mois pour se retrouver en direct avec cette crise qu’ils ont niée et qu’ils nous mettent aujourd’hui sous le nez.

 

 

Silence, on attend…

Bien sûr, les écolos jacassent, piaillent, mais ils se tairont car c’est pour ça qu’on leur a donné des ministères et des députés. Bien sûr, Mélenchon braille, vitupère et brandit la menace comme d’autres le balai à chiottes retrouvé par hasard dans le frigo, mais sans la rue il ne pourra rien faire, et la rue ne fera rien sans la CGT, qui ne fera rien sans le Parti Communiste, qui ne fera rien parce qu’il ne lui reste que ses mairies à sauver dans dix-huit mois, c'est-à-dire demain, un PCF qui n’a guère envie de se faire fusiller à l’aube par un peloton commandé par un artilleur « normal ».

Voilà, voilà comment ça se passe quand on est au pouvoir. On se renie, on tente de faire oublier qu’on a beaucoup menti et beaucoup promis (pléonasme), mais on est au pouvoir, et c’est l’essentiel !

Il faut bien profiter pendant cinq ans, et après on fera comme Jospin, on sortira par la porte de service. Alors oui, on a menti sur le nucléaire, sur le blocage du prix des carburants, sur le chômage qu’on allait éradiquer, sur l’arrêt des expulsions, sur le retour de la croissance, sur la voix de la France dans le conflit syrien, sur le pacte de stabilité, sur Mme Merkel qu’on allait mettre à la diète, on a menti pour le bien général… et particulier. Mais n’exagérons pas non plus, il y eut de grands moments, des déclarations historiques comme celle de Kennedy à Berlin, de Gaulle à Alger et Armstrong sur la lune ou après l’arrivée de l’étape Pau-Bayonne : il y a quelques jours, le Président de la République déclarait, solennellement, que « les circuits de F1 n’ont plus leur place en France ! » Même Obama n’aurait pas osé pareil engagement. D’ailleurs, il ne prend jamais le TGV pour rentrer de congés avec Valoche. 

 

Normal et grand !

Voilà ce qu’est la grandeur à l’état pur, sans conservateur, sans additif E 2012 et E 2017. Et c’est sans doute pour cela qu’en la bonne ville de Tulle, l’Office du Tourisme vient de créer un « Hollande Tour » appelé « Sur les pas d’un Président » et destiné à faire découvrir au(x) touriste(s) (on ne sait pas s’ils étaient deux) les lieux où sa normalité est passée : là où il a marché, là où il boit son café, le banc où il réfléchit, la rue où il essuie ses lunettes… c’est quasiment Compostelle, mais à Tulle. Bon, actuellement c’est zéro visiteur, mais côté télés tout le monde était là pour le reportage, même une chaîne russe, ce qui a fait dire à la journaliste moscovite « ça me rappelle l’Union Soviétique »

« Sur les pas d’un Président » normal qui va devoir mettre un casque pour parer toute chute de cote de popularité. Est-ce que la normalité peut faire bon ménage avec toutes ces contradictions ? Vous me direz, Nietzsche était catégorique lorsqu’il affirmait que « l’amplitude de contradictions à l’intérieur d’une pensée constitue – déjà – un critère de grandeur. » 

Il est donc normal et grand. Comme ça on le verra venir de loin…

 

Jean-Yves Curtaud

 
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