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Le cimetière des rapports…

06/11/2012
Le travail de monsieur Gallois sera « étudié, analysé et respecté » nous prévient Arnaud Montebourg le ministre du Redressement Productif. Il sera étudié et analysé, on peut imaginer la commande d’un rapport « Machin » pour analyser le rapport Gallois, avant qu’un super rapport ne renvoie tout le monde aux calendes grecques, que d’ailleurs François Hollande devrait visiter avant la fin de l’année.

 

 

Stupéfiant !

Comment se fait-il que seulement six mois après une très longue campagne électorale, alors que chaque camp en compétition pour la victoire a présenté ses propositions définitives pour les cinq ans à venir issues, peut-on logiquement le supposer, de longues discussions, concertations, analyses et conclusions de rapports divers et exhaustifs, comment peut-on nous faire avaler qu’il faudrait qu’une mission rédigeât un rapport, celui de Monsieur Gallois en l’occurrence, pour connaître l’état du pays et par là même trouver les bons remèdes pour soigner le malade ? Comment se fait-il que celui qui a décroché le job de chef de la nation ne se soit pas interrogé en la matière avant de s’installer calife à la place du calife ?

On doit donc en conclure que cette très longue campagne n’avait pas d’autre but que de virer celui qui était en place… après on verra ce qu’on pourra faire, il sera toujours temps d’y songer.

Donc maintenant on y songe et on convoque les savants de la faculté : beaux messires, ouvrez-nous votre savoir et conseillez-nous des médecines pour alléger les souffrances du mourant. Car si l’on convoque un grand ponte du redressement potentiel afin qu’il nous livre son sentiment dare-dare, ce n’est point pour guérir mais seulement pour tenter de prolonger le mourant. Rapport Gallois ou pas, rien n’y fera sans changement drastique, le mourant va bien mourir.

Ce n’est pas avec quelque 30 milliards à trouver dans l’extrême souffrance que nous sortirons du marasme actuel, il en faudrait beaucoup plus, même en doublant l’impôt sur le revenu l’an prochain, ce qui rapporterait environ trois fois la somme avancée, le compte n’y serait pas. Comment imaginer que trente milliards suffiront alors que le déficit de notre balance commerciale est déjà à plus de 70 milliards. Et là encore rien à attendre de bon, nos parts de marchés au mondial ne cessent de chuter, elles étaient à 6,3% en 1990, elles ne sont plus qu’à 3,3% aujourd’hui. Il est vrai que la mondialisation est passée par là…

Avec ces fameux trente milliards, nous boucherons les trous de la Sécurité Sociale de cette année et quelques mois de 2013, rien de plus. 

 

Compétitivité en électrochoc

Il faut un « choc de compétitivité » nous explique-t-on, on avance même les mots « pacte » et « patriotisme ». Bon, ce n’est pas le « travail, famille, patrie » du vieux Maréchal, mais ça fait autant désuet… et décalé. Surtout lorsque le patron de Force Ouvrière rétorque « (qu’il) n’y a pas de problème du coût du travail » en France. Circulez, y’a rien à voir ! 

Apparemment, les nouveaux socialistes viennent de découvrir la compétitivité comme d’autres la prose chez Molière. C’est tout simple en fait : il faut alléger les charges sans augmenter les impôts ou la TVA, trouver ces trente milliards d’économies sans rien économiser. Si ça se trouve, cette compétitivité miraculeuse viendra du salaire versé aux emplois aidés, salaire que le contribuable paiera via les collectivités qui vont embaucher ces apprentis fonctionnaires, mais sans augmentation de charges ou d’impôts pour ce même contribuable. Un miracle ! Voilà que le gouvernement vient d’être touché par la Grâce. C’est sans doute pour cela que, depuis le Laos, notre Président s’est fendu d’une tirade optimiste en annonçant que « la zone euro est en fin de crise ». Stupéfiant !

Et inquiétant, car nous n’apercevons actuellement aucun signe positif, aucun frémissement de reprise, nous ne créons pas assez d’emplois, pas assez de valeur ajoutée, donc pas de croissance, ce qui implique que le chômage va continuer son ascension et que les recettes de l’Etat diminueront encore, notamment celles de l’impôt sur les sociétés, voire dans la foulée la TVA. 

Moins d’emplois et moins de recettes avec pour corollaire moins de charges perçues donc plus de déficits sociaux. Il nous faudrait un rapport pour mettre tout cela par écrit…

Alors bien sûr, on me fera remarquer que la droite n’aurait pas fait mieux. Et on aura raison. On se souvient du rapport Attali qui a juste servi à redresser une armoire bancale. Si la réforme sur les retraites et la création annoncée de la TVA sociale oeuvraient dans le bon sens, là encore les mesures n’étaient que des demi-mesures. Le retard vient de tellement loin, plus loin qu’on ne l’imagine, peut-être de la fin des années 70 lorsque nous avons lancé ce vaste programme qui consistait à sortir tout le monde des usines parce que ce n’était pas digne d’un pays moderne d’envoyer ses jeunes exercer un métier manuel. Soyons réalistes et adultes, ce n’est pas avec des mots, « compétitivité », « choc », « pacte », que nous relèverons ces défis nouveaux. C’est avec du temps, du travail, de la discipline, de la rigueur, davantage de présence effective au boulot, et moins de vacances, moins de RTT, en clair une société qui privilégie le travail avant les loisirs, c’est ainsi et seulement ainsi que nous pourrons espérer retrouver ces marges qui nous font défaut aujourd’hui et qui nous empêchent de progresser dans un monde qui a totalement changé depuis les années 2000, ce que malheureusement nous avons refusé d’admettre. Ce que nous refusons encore d’admettre !

Alors on peut bien sortir un rapport par jour sur la compétitivité, venir le lire en direct au 20 heures, ce sera à chaque fois un coup d’épée dans l’eau puisque sur le fond nous n’avons pas la volonté politique de faire ce grand déballage qui consisterait à dire aux Français l’état exact du pays, avec franchise, sans tabous, et surtout sans opposer telle classe sociale à telle autre : « c’est pas moi c’est ma sœur qu’a cassé la machine à vapeur ! » l’excuse est éternelle…

Là nous ne parlons plus de « choc de compétitivité » mais de véritable électrochoc. 

A moins que nous ayons tous envie de devenir des Grecs…

 

J. Nimaud

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