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En passant par la Lorraine…

04/12/2012
« Il n’y aura pas de plan social à Florange » assurait Jean-Marc Ayrault au dernier jour des deux mois de négociations, s’avançant un peu vite sur le devenir du site lorrain d’ArcelorMittal. Bien sûr, le proprio a promis d’investir 180 millions sur cinq ans, ce qui par ailleurs était un peu dans les tuyaux, mais il n’a pas montré d’enthousiasme débordant quant à la reprise de l’activité, notamment sur le projet ULCOS qui pourrait servir de laboratoire pour le captage de CO², projet pour lequel l’Etat promet d’investir quelque 150 millions. Mais si entre-temps Mittal coupe l’alimentation en gaz des tours qui permettent de chauffer les hauts-fourneaux, la messe sera dite, ce que dénonçait ces derniers jours la CFDT sur place… sauf si le repreneur déclaré, industriel à Metz, confirme ses prétentions.

 

Après la mine…

Dans le secret des entretiens, entre le Président de la République et le pdg Lakshmi Mittal, il ne fait aucun doute que la situation du marché de l’acier, notamment en Europe n’aura pas manqué d’être abordée. Loin du tumulte et des effets de manche du ministre Montebourg, la réalité reprend ses droits, et celle-ci est sans appel aujourd’hui : sur les vingt-cinq hauts-fourneaux que le numéro un mondial de l’acier possède en Europe, neuf sont actuellement à l’arrêt, la production a chuté de cinq millions de tonnes par rapport à l’année passée et le groupe a perdu 340 millions d’euros au cours du premier semestre 2012 sur l’ensemble de ses 60 sites européens. Quand on voit que les ventes d’automobiles dévissent gravement en France (et en Europe), on imagine difficilement que la demande en acier n’accompagne pas ce recul, et il en va presque de même pour le secteur de la construction.

Alors oui, les hauts-fourneaux risquent fort d’être mis au ban de l’activité industrielle de notre pays, activité qui, répétons-le, abandonne des pans entiers de son potentiel depuis une quinzaine d’années, si celle-ci représentait plus de17% des emplois totaux en France en 1997, elle flirte aujourd’hui avec les 12%. Et là le phénomène n’est pas une spécialité européenne puisque des pays comme l’Allemagne et l’Italie ont su conserver une part importante de leurs activités industrielles, dont le corollaire est une meilleure santé à l’export.

Souvenons-nous de la production minière. Au milieu des années 60 elle était à son apogée, les houillères nationalisées en 1946 sous l’appellation Charbonnages de France étaient sans nul doute l’un des fleurons de notre productivité. Et la Lorraine bénéficiait de cette expansion. Rien ne semblait augurer de mauvais jours…

Mais il a fallu se rendre à l’évidence, et les vagues d’embauches décrétées par le gouvernement socialiste après 1981 n’y firent rien, les promesses inconscientes générèrent des espoirs déçus, les dernières mines de fer ont fermé en 1998, et les mines de charbon en 2004. Les ultimes tonnes de charbon arrachées au sous-sol lorrain furent celles du puits de la Houve à Creutzwald en Moselle, là où travaillaient encore environ 600 mineurs. Une histoire qui avait débuté huit siècles plus tôt s’achevait dans la douleur et l’amertume.

 

Un nouveau coup dur pour la Lorraine ?

Forcément, la population de Florange va suivre avec inquiétude le déroulement de cette affaire. Mais beaucoup sont déjà résignés, ils savent qu’une nouvelle page va être tournée. Malheureusement, les Lorrains ont l’habitude de ces bouleversements. Ici, en dix ans, la part de l’industrie est passée de 22,4% à 17,4% (entre 2000 et 2008). Quant au chômage, il est quasiment au niveau national avec 10,2%.

Rappelons qu’un cinquième des emplois a été perdu ici entre 2001 et 2009, on se souvient des dernières grosses charrettes, Kléber à Toul en 2008 et Arcelor à Grandrange en 2009.  Fort heureusement, cent mille Lorrains passent la frontière chaque jour pour aller travailler au Luxembourg (les trois quarts), mais aussi en Allemagne et en Wallonie.

La Lorraine est également en première ligne en matière de construction automobile, notamment avec PSA présent près de Florange avec la plus grosse usine de moteurs diesel au monde à Trémery. On comprend aisément que la santé de cette filière est suivie à la loupe entre Nancy et Metz. 

Mais la Lorraine a aussi su développer des pôles industriels performants en divers secteurs, ils sont la preuve avérée qu’une région peut se remettre d’une crise profonde en sachant rebondir avec efficacité, pragmatisme et surtout avec une farouche volonté d’aller de l’avant.

Les syndicats d’ArcelorMittal se sont focalisé sur une éventuelle nationalisation de ces hauts-fourneaux, et ce sous la houlette du ministre Montebourg, on aurait peut-être dû dire tout de suite que cette solution était obsolète avant même d’avoir été posée sur la table. On ne nationalise plus dans l’Europe d’aujourd’hui, et d’ailleurs, les houillères nationalisées ont toutes été fermées. Voilà la réalité économique…

 

F. Hurt

 

 

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