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Des salariés plus égaux que d’autres

21/02/2013
« La journée de carence était injuste et inefficace », c’est ainsi que madame Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction Publique, a justifié sa décision de supprimer la journée de carence qui avait été instaurée par le gouvernement Fillon pour les fonctionnaires en cas d’arrêt de travail. Il s’agissait alors de faire un pas vers un peu plus d’égalité entre le privé et ses trois jours de carence, et le public qui était alors à zéro jour. La ministre a même évoqué le terme « humiliant » pour dépeindre cette journée de carence.

 

 

Deux poids et deux mesures

Rappelons déjà que l’absentéisme en France (hors congés maternité et enfants malades) était en 2012 de 3,84% soit 14 jours d’arrêt de travail en moyenne. Mais tout le monde n’est pas sur le gravier de la même manière. Si dans le BTP, où c’est connu le boulot n’est pas fatiguant, la moyenne est de 10,8 jours d’arrêt par an, ce chiffre peut grimper jusqu’à 24 jours par an dans le secteur de la santé, l’absentéisme dans les hôpitaux publics pouvant représenter de 10 à 14% de la masse salariale. Selon l’étude de Sofaxis (de 2012), les collectivités territoriales sont elles aussi de gros consommateurs d’absentéisme, de 6 à 10% selon la taille de ces collectivités (rappelons que la moyenne nationale est de 3,8%), on sait également que les arrêts maladie dans la fonction publique territoriale ont augmenté de 17% en cinq ans. Des chiffres justifiés, semble-t-il, par le vieillissement des agents.

Ne nous y trompons pas, si Madame Lebranchu a cédé face aux syndicats de fonctionnaires, et ce contre l’avis de la Fédération Hospitalière (FHF) qui a rappelé que ce jour de carence permettait aux hôpitaux d’économiser entre 65 et 75 millions d’euros chaque année, c’est pour avoir de quoi négocier favorablement sur le sujet des augmentations de salaires : on vous a rendu le jour de carence, laissez-nous respirer un peu…

Le problème, c’est qu’une fois de plus, le public et le privé ne sont pas traités de la même manière. Et la ministre a beau expliquer que dans le privé les entreprises prennent à leur charge les trois jours de carence imposés aux salariés en arrêt maladie, la réalité est bien différente. Certes, les grosses sociétés ont les moyens de le faire, mais pas l’immense majorité des entreprises françaises. De plus, cela ne justifie en rien le fait que l’absentéisme soit globalement deux fois plus élevé dans le public que dans le privé.

Finalement, on constate une fois encore qu’il y a deux France au travail, et qu’il vaut mieux être fonctionnaire quand on est malade, quand on veut louer un appartement, quand on veut obtenir un crédit, quand on part à la retraite et quand on est en vacances, car au moins on est sûr de retrouver son job en rentrant. Et pourtant, d’après les enquêtes les plus sérieuses, c’est dans la fonction publique que le stress est au plus haut. 

Voilà bien une étrange conception de l’égalité : certains salariés sont apparemment « plus égaux que d’autres » comme aurait dit Coluche !

 

J. Nimaud

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