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On ne vote plus, on twitte !

27/02/2013
Les élections législatives italiennes viennent de confirmer l’extrême versatilité des Européens au fond de l’isoloir. Girouettes jusqu’à la provocation, ils ne cessent de défaire dans les urnes ce qu’ils ont plébiscité un an plus tôt. Souvenons-nous quand même un instant comment Mario Monti fut présenté il y a quelques mois : comme le Messie, celui qui allait, enfin, mettre l’Italie en ordre de marche, c'est-à-dire mener à bien les réformes attendues, paraît-il, par tout le monde ou presque. Un an plus tard, le même Monti arrive péniblement à faire 10%, soit environ 2,5 fois moins que « l’idiot du village » qui a battu la campagne avec sa fanfare populiste de bas étage, promettant aux Italiens une sortie de crise avec le retour de la Lire, donc la sortie de l’Euro, la suppression de l’IMU le nouvel impôt foncier, du beurre dans les pâtes et « tous dehors ». Beppe Grillo ne fait pas rire car le comique a troqué son habit d’Auguste contre un costard trop large pour lui.

 

 

Mais il est quelque part la caisse de résonance d’une Europe qui doute, qui a peur, qui rend responsables de ses problèmes actuels tous ceux qui gouvernaient jusqu’alors. Les Italiens ont désavoué Monti, comme les Espagnols, les Grecs, les Portugais et les Français ont dégagé les pouvoirs en place en 2011 et 2012... tout en étant prêts à sortir les arrivants en 2013. On sait pertinemment que François Hollande serait aujourd’hui battu à la présidentielle face à François Fillon, et que le PS perdrait sa majorité à l’Assemblée, et ce moins d’un an après le « changement maintenant ».

En fait, il ne s’agit même plus d’une question d’idéologie ou d’engagement militant, on se contente de faire l’essuie-glace, un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite… C’est aussi pourquoi la loi sur le non cumul des mandats sera reportée à la fin de la législature, le pouvoir ne voulant pas prendre le risque de se retrouver face à une mini dissolution consécutive à la démission d’un grand nombre de députés qui choisiraient leur ancrage local.

 

« Tous dehors ! »

C’était le slogan de campagne de Beppe Grillo, sous-entendu « tous pourris », lavons plus blanc avec moi. Depuis quelques années, on essaie de nous vendre une soi-disant plus grande maturité des électeurs d’aujourd’hui. Quelle escroquerie ! Jamais ceux-ci ne se sont montrés à ce point irresponsables au moment de voter. Jamais les Européens n’ont montré une telle ignorance face aux mécanismes électoraux. On ne vote plus on twitte, comme si cela n’avait finalement aucune importance de choisir un tel plutôt qu’un tel, et que de toute façon on changera tout de suite si ça ne va pas.

Mais à quoi bon renvoyer chez eux des gens qui tentent de réduire les dépenses publiques et les déficits pour installer à leur place d’autres gens qui n’auront aucune autre alternative que de réduire les dépenses publiques et les déficits ?

Ce sont les Européens eux-mêmes, citoyens lambda ou pas, qui doivent nettoyer leurs écuries. Ce sont les citoyens qui réclament sans sourciller depuis plus de vingt ans des loisirs, des vacances, plus de confort, plus d’allocations, plus de services publics (gratuits) et en bas de chez eux, donc plus de fonctionnaires, notamment afin de caser leurs enfants dans un emploi à vie… et tout ça pendant que les pays émergents se sont mis à émerger avec des croissances à deux chiffres. Eh oui, là déjà le Grillo fait moins rire… Nous voulions moins de travail, félicitons-nous, c’est fait !

Bien sûr, beaucoup ont nié la crise, et les socialistes français sont en pointe sur ce sujet-là, puis ils ont été rattrapés par celle-ci, alors ils trouvent normal de dégager les pouvoirs en place pour en mettre d’autres qui feront pareil. Ils n’ont même plus la reconnaissance du ventre.

Les élections législatives allemandes de la rentrée prochaine pourraient se transformer en un véritable test pour l’Europe. Aujourd’hui, Angela Merkel serait déjà battue en Italie, en France ou en Espagne, alors qu’apparemment elle a encore toutes ses chances chez elle. En cas de nouvelle victoire, ce sera le signe d’une plus grande maturité de l’Europe du nord face à la versatilité et à l’inconstance de l’Europe du sud. Et nous passerons une fois de plus pour des pleurnichards et des trouillards. Et peut-être avec raison.

 

Jean-Yves Curtaud

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