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Le chemin de Damas

23/07/2012
« Avec ou sans Assad, le régime va tenir », c’est le point de vue de la Russie, du moins de son ambassadeur à Paris Alexandre Orlov, mais il est évident que ce n’est certes pas l’avis de la communauté internationale, ainsi, l’ambassadeur de la France à l’ONU contredit cette position russe en affirmant clairement que notre pays allait « continuer à accompagner l’opposition syrienne dans sa lutte contre le régime Assad ». On le voit, le chemin de Damas n’est pas forcément celui qui mène à la démocratie, du moins comme nous l’imaginons ici en Occident.

 

 

Attention, danger !

Ne nous emballons pas dirait un parangon de prudence, souvenons-nous des jours passés lors de la « libération » de la Tunisie, puis de l’Egypte et de la Libye. De nouvelles démocraties qui ont amené au pouvoir des islamistes, modérés semble-t-il pour le moment, mais qui, à l’instar des Frères Musulmans, feront toujours passer la religion avant la laïcité. 

Bien sûr, nous pouvons nous féliciter de voir le nouveau Président tunisien discourir chez nous devant notre représentation nationale, y compris pour y défendre son alliance avec les islamistes d’Ennahda, cela nous permet de nous racheter paraît-il des erreurs passées et de notre soutien à un Ben Ali corrompu et autoritaire. Comme nous avons soutenu Moubarak en Egypte, comme nous soutenions, dans une autre vie, un certain Saddam Hussein.

Et alors, étions-nous les seuls à miser sur ces régimes qui, nonobstant leur mauvaise image de marque, étaient les garants d’une certaine stabilité dans toute cette région qualifiée de véritable poudrière ? Pouvons-nous, aujourd’hui, envisager les prochaines années dans le même état d’esprit ? Certainement pas, car un peu plus d’un an après les premiers changements, tout le monde scrute l’horizon en espérant que les minarets ne seront pas autant de phares guidant une révolte unifiée de mouvements islamistes désireux de remettre enfin à l’ordre du jour, non pas un panarabisme obsolète, non pas un Nasserisme démodé, mais un « panislamisme » conquérant et puissant, financé par ces princes de l’or noir que sont l’Arabie Saoudite ou encore le Qatar, et dont le haut-parleur s’appelle Al-Jazira, version moderne du minaret ancestral dont l’audience va bien au-delà d’une banale place de village.

Oui, nous faisons semblant de croire à la démocratie en Tunisie, en Egypte, en Lybie, et demain en Syrie parce que nous n’avons aucune réponse alternative à ces interrogations, y compris venant de ces peuples fraîchement libérés où la peur de vivre sous une dictature religieuse est présente à l’esprit de beaucoup d’autochtones. Oui, nous applaudissons le Président tunisien parlant à l’Assemblée Nationale, alors que le jour de son discours la Cour d’Appel de Monastir confirmait la condamnation à sept années de prison pour un tunisien qui avait posté des caricatures du prophète Mahomet sur sa page Facebook, et alors que le cofondateur du parti islamiste tunisien Ennahda, Rached Ghannouchi, défendait le principe de la charia ainsi : « Il faut l’expliquer aux gens pour qu’ensuite ils la réclament eux-mêmes. » En clair, quand ce sera le bon moment, ce sera le bon moment d’instaurer officiellement la charia. Comme en Egypte d’ailleurs.

Bien sûr, on peut aussi rétorquer qu’il peut y avoir un parti démocrate-islamiste puisque nous avons, ici chez nous, ou ailleurs en Europe, un parti démocrate-chrétien. A la seule différence que ce dernier a fait la preuve depuis des décennies qu’il était démocrate avant d’être chrétien.

 

La Syrie et ses voisins de palier

Contrairement à la Tunisie, l’Egypte, et maintenant la Syrie, ont des voisins de palier extrêmement susceptibles, instables, voire dangereux. Cette Syrie que nous espérons voir basculer dans « un autre camp » sans pour autant en savoir davantage sur cet « autre camp », n’est pas une sorte de Suisse au milieu de nulle part, elle côtoie, outre la Méditerranée, la Turquie, l’Irak, la Jordanie, le Liban et Israël par le Golan. Comme modèle de poudrière, c’est clair, personne ne pourrait imaginer mieux ! Et si le régime de Assad el-Assad tombe, personne aujourd’hui ne peut prédire la suite des événements, sauf peut-être ceux qui sont à la manœuvre dans les soutes, pourquoi pas l’Iran, pourquoi pas l’Arabie Saoudite, pays « ami » dit-on, mais pays qui a également fourni, ne l’oublions pas, l’essentiel du groupe de terroristes le 11 septembre 2001.

Depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le parti Baas (« Renaissance » en arabe), parti laïc et socialiste, est aux commandes en Syrie, depuis la fin du mandat français sur cette région où l’on avait regroupé sous une même entité, Syrie, Liban, Jordanie et Palestine, et ce à partir de 1918. C’est ce même parti Baas qui était également au pouvoir en Irak avec Saddam Hussein. Bien sûr, personne n’aurait l’idée d’idéaliser ces régimes autoritaires, y compris celui de Kadhafi en Lybie, soutenus longtemps par l’URSS et son KGB, souvent protecteurs des groupuscules terroristes allemands, français et italiens des années 70 et 80, qui ont également financé des attentats plus récemment, mais il est évident que leur chute est aussi synonyme d’incertitudes et d’autres dangers potentiels. L’invasion de l’Irak et la fin de Saddam Hussein devraient nous servir de leçon, le bourbier afghan de même. Et on n’ose même pas évoquer le potentiel nuisible de l’Iran.

 

Catéchisation des infidèles

Pouvons-nous affirmer haut et fort que nous ne sommes pas manipulés en Syrie, comme nous l’avons été en Libye ? Et si la Russie avait raison de ne pas vouloir tout lâcher d’un coup parce qu’il y va de la stabilité future (quasiment du futur immédiat !) de toute la région ? Imaginons-nous un avenir serein pour Israël avec à ses frontières ou à portée de missiles, des régimes islamistes bien décidés à en découdre une fois que nous leur aurons apporté notre caution ? 

Au lieu de nous féliciter de voir un pays, le Qatar, sortir son carnet de chèque pour offrir au club de foot de la capitale une star balkano-suédoise qui touchera plus d’un million d’euros mensuels, inquiétons-nous de voir ce même pays s’acheter le reste du monde en finançant autant de mouvements interlopes au Mali, en Somalie, au Pakistan, au Sahel, en Indonésie, et sûrement aussi dans nos banlieues dites de non droit. Durant les dernières décennies, la « cause palestinienne » servait de prétexte à toutes les dérives terroristes, désormais c’est « la cause » tout court qui compte, celle qui passe par la destruction d’Israël et la « catéchisation » des infidèles du reste du monde. Une « catéchisation » à marche forcée évidemment.

 

Fernand Hurt

 
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