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Un été à Viareggio avec Tosca

06/07/2010
« Tu n’aspires pas à retrouver notre petite maison
qui, toute cachée dans la verdure, nous attend ?
Nid pour nous sacré, ignoré du monde entier,
plein d’amour et de mystère ? »
Tosca va-t-elle convaincre Cavaradossi ? Deux êtres que le drame écrit et chanté va séparer dans cette Italie où s’affrontent les légitimistes favorables aux Bourbon-Habsbourg, dont Tosca, et ceux qui voient en Napoléon, qui vient de défaire les Autrichiens à Marengo, un sauveur, à l’instar de Cavaradossi ?...

Ouverture
Lucca, qui fut à partir de la seconde moitié du 16e siècle, une république aristocratique indépendante, est désormais occupée par les troupes françaises en cette année 1799. Elle va même devenir la Principauté d’une sœur de ce Bonaparte.
1800, c’est un an plus tard et l’année du déroulement de Tosca, une nouvelle figure féminine passionnée au cœur d’une tragédie. On le sait, cela finira mal, Tosca se jettera dans le vide : « à ton côté entendre dans les silencieuses ombres étoilées, monter la voix des choses. » Et c’est en 1900, le 14 janvier à Rome, alors que Paris s’apprêtait à inaugurer son Exposition Universelle et sa première ligne de métro, au moment où l’Aiglon d’Edmond Rostand (encore Napoléon !) était créé, que l’opéra Tosca de Puccini fut joué pour la première fois.
Et Lucca alors ? Nous y reviendrons très vite, mais pour Giacomo Puccini c’est ici que tout a commencé un 22 décembre 1858…

Acte 1 : dans la cour San Lorenzo

De la Toscane on connaît les routes bordées de cyprès, les élégantes villas, le bon vin et bien sûr Florence, Sienne et Pise. Mais il y a bien d’autres curiosités, bien d’autres itinéraires. Celui que nous avons choisi suit la trace de Puccini, il nous mènera à Lucca, bijou protégé par ses murailles et bastions, capitale culturelle dont la prépondérance remonte au 3e siècle sous la domination de Rome.

150 ANS APRES…
La Tosca, la Bohème, Madame Butterfly, Turandot, c’est l’Italie au lyrisme exacerbé mis en musique par Giacomo Puccini né à Lucca (Lucques) cour San Lorenzo dans une famille de musiciens, tout près de la place Saint-Michel, compositeur dont l’œuvre et l’histoire sont indissociables de cette partie de la Toscane que nous allons découvrir depuis cette majestueuse cité jusqu’aux Alpi Apuane : Lucca, Camaiore, Castelnuovo, Garfagnana, Bagni di Lucca, Barga, le lac de Vagli, puis Pietrasanta et Viareggio.
Déjà célèbre dans toute l’Europe dès le 11e siècle pour son commerce de la soie, Lucca peut s’enorgueillir d’avoir vu naître en ses murs, d’abord Boccherini en 1743, puis Catalani en 1854, et bien sûr Puccini en 1858. C’est dire si les liens entre la population et cette longue tradition musicale ont été serrés avec une clé de sol.
Bonaparte fit de la ville une principauté qu’il donna à sa sœur Elisa en 1805. Une époque qui vit de nombreux bâtiments anciens se transformer à l’instar du Palais Ducal et du palais Mansi, aujourd’hui Musée National.
Mais l’histoire remonte davantage dans le temps. On évoquera l’amphithéâtre romain désormais englobé par les maisons de la Piazza del Mercato et dont les murs originels tiennent fermement les demeures qui s’y adossent, on évoquera encore la superbe église San Michele du 11e siècle avec ses colonnades et quatre étages de galeries, les mosaïques dorées du 13e siècle de San Frediano, et nombre de palais dont l’édification date des 15e et 16e siècles.
« C’est pleine lune et la senteur nocturne des fleurs enivre le cœur »… Tosca nous guide à travers les ruelles de Lucca en cette fin de première journée d’un périple en trois actes.

Acte II : des balades sur un air d’opéra
Le temps va manquer pour décrire exhaustivement ces lieux magnifiques, alors décrivons rapidement ces merveilles italiennes : Pietrasanta sur la Voie Aurélienne, ville d’artistes fière de ses forteresses de Sala et d’Arrighina, sentinelles veillant sur les beaux palais Moroni et Lamporecchi, mais encore Torre del Lago, lieu idyllique  quasiment au bout de tout où Puccini fit construire sa villa (le « Nid pour nous sacré, ignoré du monde entier ? ») et qui accueille chaque été sur le lac un festival « Premium » dirait-on en langage branché, puis Viareggio, notre seule escapade en bord de mer dont le tracé remonte au 19e siècle, et célèbre pour ses établissements de bain d’un Art Nouveau façon Alfredo Belluomini qu’Otto Wagner ne renierait pas, et enfin Carrare, la ville la plus septentrionale de Toscane, capitale du marbre blanc dont l’exploitation remonte à l’ère romaine : incontournable, une visite à flanc de montagne au cœur des carrières, mais aussi aux caves de Colonnata où l’on exploite… le lard !
Notre balade s’achèvera côté montagne en Garfagnana, après avoir salué dignement le Pont du Diable de Borgo. On ne sait jamais…

Acte III : parlons musique
Après des études au Conservatoire de Milan, Puccini est soudainement épris d’opéra après avoir entendu Aïda de Verdi. Alors au travail : « le Villi » en 1884, et « Edgar » en 1889 serviront de brouillon à ce qui deviendra sa raison de vivre. Et comme il faut bien commencer à avoir un peu de succès, c’est avec « Manon Lescaut » en 1893, opéra haut en couleur (on dira qu’il y avait du Massenet dans cette écriture), que le public va découvrir l’Italien de Lucca. Nous ne sommes plus très loin de la trilogie magique : fin de siècle, nouveau siècle, du 19e au 20e Puccini signe ses trois coups de maître entre 1896 et 1904 : « La Bohème » et ses fameux airs populaires, dont la première sera dirigée par Toscanini le 1er février 1896 au Theatro Regio de Turin certes plus flamboyant que la mansarde insalubre des quatre héros et artistes du livret, « Tosca », on l’a dit, le 14 janvier 1900 à Rome, et « Madame Butterfly », opéra créé en 1904 à la Scala de Milan : voici l’accomplissement à travers l’histoire (encore !) tragique d’une geisha piégée par un mariage blanc avec un Américain, et qui ne supportera pas l’abandon.
Nous sommes en pleine période du vérisme, courant littéraire bref, on reprochera longtemps à Puccini des effets faciles, mais cet ostracisme injuste sera démenti par le public. Ses opéras, les rares du 20e siècle (avec ceux de Richard Strauss), sont aujourd’hui joués sur les plus grandes scènes du monde entier.
Après la trilogie, Puccini produira encore « la Fanciulla del West », le premier opéra créé au Metropolitain de New York (une nouvelle fois sous la direction de Toscanini) en 1910, et « Turandot », l’ultime opus qu’il n’aura pas le temps de terminer (ce sera fait par Alfano) et dont la première en intégralité sera jouée en 1982… on entendra même un Final écrit en 2001 par Luciano Berio.
Puccini, qui fut célèbre et riche assez jeune, et à qui on attribua de nombreuses liaisons, décède en novembre 1924 à Bruxelles d’une crise cardiaque.

Epilogue
Puccini à Lucca, Puccini à Viareggio où de 1910 à 1917 il séjourna souvent, il y achètera un terrain en 1915 et fera construire une villa en 1921, mais les lieux de résidence et de villégiature sont nombreux : Torre del Lago, le refuge qui a inspiré de nombreuses partitions, ce « petit monde » où il désirait s’installer définitivement, le lac Massaciuccoli, Bagni di Lucca où il venait jouer du piano au casino, la villa à Chiatri, la première maison achetée par le compositeur en 1898 après les succès de Manon Lescaut et de la Bohème… un itinéraire sur les traces de Tosca : et si c’était la destination de vos prochaines vacances ?

 

 

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