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La réunification allemande fête ses vingt ans

20/12/2010
Le 22 juin 1940, à Rethondes en forêt de Compiègne, la France signait l’humiliant armistice dans la voiture 2419D du train du maréchal Foch. Quelques mois plus tard, le 24 octobre de la même année, à Montoire, dans une petite gare, le maréchal Pétain et le chancelier Hitler se serrent la main, symbolisant ainsi une collaboration que le vieux chef de guerre français allait superviser durant quatre ans. Cinq jours auparavant, il laissait le tribunal de Riom inculper les anciens ministres Blum, Mandel et Reynaud.
Cinquante ans plus tard, presque jour pour jour, l’Allemagne de l’Ouest (RFA) et l’Allemagne de l’Est (RDA) se retrouvaient après quarante années de séparation.
Et clin d’œil de l’histoire, c’est une ex-allemande de l’Est, Angela Merkel, qui en tant que chancelière élue d’un parti démocrate-chrétien, a célébré le 3 octobre, le 20è anniversaire de cette réunification menée au pas de charge.

Vingt ans d’un chantier colossal
Depuis la capitulation de 1945, l’Allemagne vaincue aura connu trois dates historiques : 1949, année de la séparation, le 23 mai naît la République Fédérale d’Allemagne dont Konrad Adenauer sera le premier chancelier, le 7 octobre suivit la proclamation de la République Démocratique Allemande, chacun allait donc faire chambre à part (Bundestag et Volkskammer) durant les quarante années suivantes.
1961, c’est le rideau de fer qui tombe sur Belin séparant Ouest et Est et matérialisé par un Mur. Et 1989, c’est bien sûr l’année de la chute du Mur avec pour effet collatéral, la chute des régimes communistes dans les pays satellites de l’Union Soviétique.
On ne parlait pas de réunification en cette année 1989, en juin, Gerhard Schröder, leader des socialistes en RFA et qui succèdera à Helmut Kohl comme chancelier, déclarait alors que les chances d’une réunification étaient inexistantes, quand à Erich Honecker, le boss en RDA, il parlait du Mur « pour encore cent ans ». Il faut dire qu’à cette époque, la RDA était la plus réticente à la perestroïka de Gorbatchev, y voyant tout simplement sa disparition.
Mais cette réunification était évoquée par Gorbatchev dès novembre 1989 qui en faisait une question que les Allemands devaient régler entre eux.
Une fois de plus, c’est le chancelier Kohl qui va brûler les étapes en présentant le 28 novembre au Bundestag un plan en dix points, plan qui devait passer par des élections libres en RDA, elles auront lieu le 18 mars 1990 et verront la victoire du centre-droit de la CDU du chancelier d’en face. Ce plan prévoyait une aide humanitaire immédiate, une coopération économique et militaire, et il fallait surtout endiguer le flot des migrants qui était d’environ 2.000 personnes/jour d’Est en Ouest.

Hostilités
Si les Etats-Unis firent immédiatement savoir leur soutien à cette réunification, la plus hostile parmi les Alliés fut Margaret Thatcher qui voyait renaître un ennemi historique : « C’est l’Allemagne qui dominera l’Union Européenne » martelait la Dame de Fer, tentant même d’enrôler un François Mitterrand alors attentif, voire hésitant, qui lui voyait une réunification dans la durée.
Côté soviétique, on fut plus pragmatique puisque le bateau prenait l’eau de toutes parts. Gorbatchev disposait en 1990 de 400.000 soldats cantonnés en RDA. Pour les rapatrier dans la mère patrie, il réclama 36 milliards de Deutsche Marks, il en obtiendra 12, plus un crédit sans intérêt de 3 milliards. La RFA payait le transport, des troupes soviétiques et la reconversion des militaires une fois rentrés. L’hostilité avait donc un prix, douze milliards !

L’année 1990
Après les élections libres en RDA, le premier acte fut le traité monétaire de mai stipulant qu’au 1er juillet, le Deutsche Mark serait la monnaie unique, et que jusqu’à hauteur de 6.000 DM, les Marks de l’Est et de l’Ouest seraient échangés à un pour un, alors que l’écart entre les deux économies aurait dû entériner un échange à un pour cinq.
Le 23 août, le parlement de RDA (la Volkskammer) décide d’adhérer à la RFA avec comme date exécutoire le 3 octobre 1990, et ce sans consulter le gouvernement et le parlement de Bonn. Le traité d’unification sera signé à Berlin le 31 août et ratifié par le Bundestag et la Volkskammer.
Mais l’Allemagne n’est pas seule, elle doit obtenir l’aval des Alliés, Etats-Unis, France, Grande Bretagne et Union Soviétique. Il y aura donc un autre traité, celui des 2+4 (deux Allemagne et quatre Alliés) signé à Moscou le 12 septembre afin que l’Allemagne retrouve sa pleine souveraineté.

Réunification ou tournant ?
La question a son sens. A Potsdam en juillet 1945, Truman, Staline et Churchill décidèrent du sort des territoires allemands à l’Est : la Prusse Orientale passait sous administration soviétique, Silésie et Poméranie Orientale allant à la Pologne. Cette réunification pouvait signifier que l’Allemagne récupérait ce qu’elle avait perdu en 1945. Il n’en fut rien, mais il fallut donc encore un traité, germano-polonais, entérinant les frontières, l’Allemagne renonçant définitivement à ses anciennes provinces le 14 novembre 1990 à Varsovie. L’Histoire est parfois cruelle…
Il n’était donc pas question de revenir à un Etat antérieur par une réunification, voilà pourquoi le « tournant » paraît mieux adapté, la RDA adhérait au système démocratique de la RFA… une sorte de sortie de Yalta.

Un coût astronomique
Intégrer la RDA à la RFA impliquait la privatisation de milliers d’entreprises et de coopératives, en gros 80% de l’économie est-allemande. Pou r ce faire, une société fiduciaire, la « Treuhand Anstait » fut créée, elle travaillera de 1990 à 1995 et sera chargée de la privatisation des biens détenus par l’Etat est-allemand, soit 8.000 entreprises (4 millions de salariés) et 14.000 magasins, restaurants, hôtels, cinémas, exploitations agricoles… Il fallait trouver des repreneurs, il y eut beaucoup de fermetures et de chômage, nombre de ces entreprises n’étaient pas compétitives ou ne répondaient pas aux normes environnementales. « C’est la liquidation de l’économie est-allemande » diront les détracteurs de la réunification. Détracteurs qui oubliaient que la RDA était en faillite totale à la fin des années 80, et à tous les niveaux : appareil productif vieillissant et obsolète, pénurie de biens de consommation (avec tickets de rationnement), habitat dégradé et jamais entretenu. Bien sûr, ont peut aussi évoquer les loyers faibles, les soins gratuits ou encore les bourses d’étude, mais sans vraiment de recettes réelles pour leur financement.
De même, les dettes de la RDA seront transférées en 1994 à parts égales entre RFA et RDA, et payées en partie avec l’argent des privatisations. Quoi qu’il en soit, le coût de cette réunification a été évalué à 1.300 milliards d’euros, soit la moitié du PIB allemand d’aujourd’hui, chiffre par ailleurs contesté. Mais exagéré ou pas, ce chiffre reste astronomique.
Depuis, le Bundestag est parti de Bonn pour s’installer au Palais du Reichstag à Berlin, et le 3 octobre est devenu fête nationale en Allemagne.
« Tout compte fait, je dirais que les résultats de vingt ans de réunification ont été pour l’essentiel positifs. Il y a tant de succès à l’Est » déclarait Angela Merkel à l’occasion de ce 20è anniversaire, et ce même si d’importantes différences existent encore, salaires plus faibles et chômage plus élevé à l’Est, sans oublier une population réduite de deux millions d’habitants car nombre de jeunes s’en vont dans des Länder de l’Ouest. Bien sûr, une seule génération sépare la chute du Mur de ce 20e anniversaire, c’est encore trop peu, mais certains évoquent un phénomène « d’Ostalgie » en rappelant que finalement, l’Est, ce n’était pas si mal. Ce sont souvent les plus âgés, ceux qui n’ont pas eu à affronter la compétitivité dans leur vie professionnelle.
Enfin, encore un hasard de l’Histoire, c’est en octobre 2010 que l’Allemagne a fini de payer ses réparations de guerre issues du Traité de Versailles, le dernier chèque de 200 millions d’euros représentait les intérêts restants.


Repères : l’année 1990
En France, Michel Rocard est le Premier Ministre de François Mitterrand.
Mars : la CDU remporte les premières élections libres en RDA (depuis 1933)
Avril : les chefs d’Etat et de gouvernement fixent à 1993 l’entrée en vigueur de l’Union économique, monétaire et politique  
Juin : le Forum Civique de Vaclav Havel gagne les législatives en Tchécoslovaquie
Août : l’Irak envahit le Koweït
Octobre : réunification des deux Allemagne. Mikhaïl Gorbatchev est Prix Nobel de la Paix
Novembre : Margaret Thatcher démissionne, John Major lui succède
Décembre : Lech Walesa est élu Président de la République en Pologne.
La Slovénie déclare son indépendance… ce sera le début de la guerre en ex-Yougoslavie.

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