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Histoire de l’élection présidentielle sous la cinquième République

03/04/2012
164 années ont passé depuis la première élection du Président de la République qui remonte au 10 décembre 1848 et qui mettait en compétition cinq candidats. Un député inconnu au nom célèbre l’emportera, Louis-Napoléon Bonaparte. Président de 1848 à 1852, il trouvera normal après ce « stage » de quatre ans, de se faire couronner empereur des Français, comme quoi le job peut laisser entrevoir quelques ouvertures et autres promotions de carrière.
Les suivants, à partir de 1871, auront des patronymes désormais inscrits dans la mémoire collective, Thiers, Mac-Mahon, Grévy, Sadi Carnot, Perier, Faure, Loubet… et on changera de siècle.

 

Et de république

Plusieurs fois bien sûr pour arriver à celle que le Général de Gaulle a voulue, cette Cinquième République née il y a déjà 54 ans. Et ce fut ce même Charles de Gaulle qui en devint le premier Président, ce fut d’ailleurs la dernière fois qu’un collège de grands électeurs composé de parlementaires, conseillers généraux et élus communaux (81.764 au total) décida du choix du chef de la Nation. De Gaulle fut donc élu au premier tour avec 78,51% des voix, ses adversaires du moment furent Georges Marrane pour le Parti Communiste, et Albert Châtelet pour l’Union des Français Démocrates.

Conformément au référendum de 1962 approuvé par le peuple, à partir de 1965, l’élection présidentielle se fera au scrutin universel direct à deux tours, système par ailleurs combattu à l’époque par les partis de gauche. Et tout naturellement, Charles de Gaulle emporta cette présidentielle de 1965 avec 55,20% des suffrages au second tour, et ce face à François Mitterrand qui recueillit 44,80% des voix. Ce ballottage irrita beaucoup le Général.

A noter qu’il y avait en 1965 près de 29 millions d’électeurs inscrits, ils étaient plus de 44 millions en 2007. On se souvient des premiers adversaires du Général, outre Mitterrand, il y eut le centriste Jean Lecanuet, qui fit 15,57%, le candidat d’extrême droite Tixier Vignancour (5,20%), et un certain Marcel Barbu qui s’octroya 1,15%.

 

Changement de style

Avec l’élection « accidentelle » de 1969 qui faisait suite à la démission du Général de Gaulle, et qui marqua le triomphe de Georges Pompidou réalisant un score dit de sénateur avec 58,21% au second tour face au centriste et alors Président du Sénat, Alain Poher. A gauche, les socialistes furent laminés, Gaston Deferre (SFIO) était à 5,01%, et Michel Rocard (PSU) à 3,61%, alors que le PCF enregistrait son dernier score historique avec les 21,27% de Jacques Duclos.

1969 ? ce fut aussi l’année des débuts officiels de l’extrême gauche dans cette compétition avec un premier tour de piste pour Alain Krivine (1,06%). 

En fait, le vrai changement de style est apparu en 1974 lors d’une autre présidentielle imprévue qui survint après le décès du Président Pompidou. Changement de style par la radicalisation gauche/droite, par le développement de la communication moderne, par l’ampleur médiatique de la campagne. 

1974, c’est aussi le premier grand affrontement à droite entre « l’héritier » du gaullisme Jacques Chaban-Delmas, qui fera troisième avec 15,11%, et celui qui désirait incarner le changement dans la continuité, Valéry Giscard D’Estaing, soutenu à l’époque par Jacques Chirac, et qui culminera à 32,6% au premier tour. Un premier tour dont le gagnant fut François Mitterrand et ses 43,25%, réunissant sur son nom PS, PCF et MRG.

Deux premières lors de ce scrutin, Arlette Laguiller qui fut la première femme candidate, et le premier tour de piste d’un certain Jean-Marie Le Pen. Elle fera 2,33%, et lui seulement 0,75%. Ce fut également la première et la seule fois qu’un royaliste, Bertrand Renouvin, tentait sa chance en République.

Le second tour s’annonçait torride, il le fut, Giscard l’emporta avec 50,81%, gagnant avec seulement 424.544 voix d’avance sur un total de plus de 26 millions de suffrages exprimés. L’abstention fut de seulement 12,67%.

Cela nécessitait une revanche…

 

Un autre tournant

Et quel tournant ! Pour la première fois sous la 5ème République, un candidat de gauche raflait la mise. Et là encore, Jacques Chirac allait influer sur le résultat de l’élection. Après un premier tour serré, Giscard à 28,32 et Mitterrand à 25,85, le troisième homme, Jacques Chirac, qui était à la tête de son énorme machine RPR, et fort de ses 18%, chipote son soutien au Président sortant. On sait depuis que des cadres RPR avaient reçu comme consigne de voter Mitterrand au second tour. Et la réserve de ce dernier étant importante, les 15,35% de Marchais, les 2,21% de Michel Crépeau (MRG) et 1,1% d’Huguette Bouchardeau (PSU), au finish le socialiste remporta l’élection avec 51,76% des voix. Cette fois-ci, l’écart était d’un peu plus d’un million de voix sur 30 millions de suffrages exprimés.

On soulignera pour l’histoire, que c’était la première fois depuis 1848 qu’un Président sortant candidat à sa réélection était battu.

L’élection présidentielle de 1988 sera une confirmation de la précédente avec un score amélioré pour François Mitterrand qui passera la barre des 54% (54,02) face à un Jacques Chirac qui ne fit jamais illusion. La cause était entendue dès le premier tour, Mitterrand à 34,11%, alors que son Premier Ministre Chirac bloquait en dessous de la barre des 20%. L’apport de Raymond Barre (16,54%) ne suffirait pas, d’autant que pour la première fois le F.N. de Le Pen réalisait un score à deux chiffres (14,35%), des voix qui ne pouvaient aller au RPR. De son côté, le Parti Communiste commençait à creuser son déficit avec les 6,76% d’André Lajoinie.

 

Coup double pour Chirac

Il fallait bien que cela arrivât un dimanche. Ce fut en mai 1995 après une campagne difficile pour Jacques Chirac qui grignota jour après jour son retard sur Edouard Balladur l’ami de trente ans. 1995, c’est l’année où les Français découvrent Lionel Jospin autrement qu’en patron du Parti Socialiste. Il sera d’ailleurs en tête au premier tour avec 23,30%, suivi de Chirac à 20,84% (son meilleur score d’un premier tour !), le Premier Ministre Balladur finissait troisième à 18,58%, alors qu’un an auparavant certains lui prédisaient une victoire dès le premier tour ! Le Pen fut à 15%, Robert Hue à 8,64%, Arlette Laguiller fit un tabac avec 5,3%, alors que Philippe de Villiers ratait la marche du remboursement des frais de campagne (5%) en bloquant son compteur à 4,74%. Cette élection fut aussi celle de la première apparition d’un certain Jacques Cheminade qui représentait le Parti Ouvrier Européen (0,28%).

Chirac gagnera la présidentielle en totalisant 52,64% des suffrages exprimés.

Et de deux ! Et celle-là n’était pas vraiment prévue. En 2002, Lionel Jospin vient de terminer son CDD de cinq ans à Matignon, le ciel est rose, tout baigne, alors à gauche on se lâche et tout le monde veut faire un tour de manège, même pas grave puisque c’est sûr, Lionel sera élu !

Donc Jospin est là pour le PS au premier tour, avec à ses côtés Chevènement (5,33), Robert Hue (3,37), Christine Taubira pour le PRG (2,32), Noël Mamère pour les Verts (5,25), plus Arlette Laguiller (5,72) et Olivier Besancenot (4,25). Au total, les candidats « satellites » feront plus de 26%. Coup de massue, Jospin se retrouve à 16,18%, il fait troisième, et Chirac avec son modeste 19,88% (pour un Président sortant !) se qualifie pour affronter Le Pen qui a fait 2ème avec 16,86%. Et si Bruno Mégret n’avait pas été candidat, ce même Le Pen pouvait arriver en tête du premier tour ! Pas de surprise pour la victoire finale, et contre toute attente Chirac fera un second mandat (il gagnera avec 82,21%, soit 25 millions de voix).

Cette élection de 2002 détient un record : 16 candidats en course au premier tour (dont un certain Bayrou qui fit 6,84%).

 

Du neuf cette fois-ci

Avec l’élection de 2007 changement de décor, le personnel politique est en pleine mutation car pour la première fois, les deux candidats qualifiés pour le second tour peuvent être considérés comme « neufs », du moins ni Président sortant à nouveau candidat, ni candidat déjà battu à la présidentielle, ni Premier Ministre passé ou en place… Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal marquent bien un changement d’époque. A contrario, on dira que les Le Pen, Besancenot, Villiers, Laguiller et Bayrou (qui fera un excellent 18,57%) passent pour de vieux routiers du scrutin.

La surprise du premier tour fut l’effondrement de Le Pen qui larguait un million de voix par rapport à 2002 pour finir juste au-dessus des 10%. Autre surprise, mais un peu prévue quand même, le coulage du PCF assuré par une Marie-George Buffet à 1,93%.

Le résultat du second tour fut conforme aux prévisions, 53,06% pour Sarkozy, et une avance de 2,19 millions de voix sur 35,7 millions de suffrages exprimés.

 

Quelques notes pour conclure…

L’abstention a toujours fait le yoyo au second tour. Elle fut de 15,6% en 1965, mais de 31,1% en 1969, quand c’est vrai, la gauche était quasi absente du débat final. Elle est à minima en 1974 (12,6%) et 1981 (14,1%), comme quoi les grands duels de cette 5ème République mirent en compétition VGE et Mitterrand. Mais on l’a dit, c’est à ce moment-là que la bataille droite-gauche est la plus virulente. Sensiblement la même en 1988 (15,6%) et en 2007 (16%), c’est avec les deux élections de Jacques Chirac qu’elle fut forte, 20% à chaque fois en 1995 et 2002. On comprend l’émoi actuel lorsque les instituts de sondages prédisent, en ce début avril, une abstention autour des 30%.

Depuis 1965, le Président le mieux élu (hormis le face à face Chirac – Le Pen de 2002) fut Georges Pompidou avec 58,21% des suffrages, et l’élection la plus serrée fut celle de Giscard D’Estaing en 1974 avec 50,81%.

On remarquera qu’assez peu de femmes ont participé à cette élection en tant que candidates, douze au total : Arlette Laguiller (5 fois), Marie-France Garaud (1981), Huguette Bouchardeau (1981), Dominique Voynet (1995), Christine Taubira (2002), Corinne Lepage (2002), Christine Boutin (2002), Ségolène Royal (2007), Marie-George Buffet (2007), puis en comptant celles de 2012, Eva Joly, Marine Le Pen et Nathalie Arthaud.

Enfin, une autre remarque, Jacques Chirac, candidat quatre fois et deux fois élu, n’a jamais été au-delà des 20,84% au premier tour, alors que François Mitterrand (également quatre fois candidat et deux fois élu) a eu son plus petit score de premier tour à 25,85% , et son meilleur score à 43,25% en 1974. Comme quoi rien n’est vraiment joué d’avance, les réserves font l’essentiel, les réserves et parfois la surprise d’un candidat inattendu au second tour comme Jean-Marie Le Pen en 2002.

Depuis 1848 les Français ont connu 23 présidents différents, le 6 mai prochain le compteur restera soit à 23 présidents différents, soit passera à 24.

 

Jean-Yves Curtaud

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