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Automobile : il y a comme de l’électricité dans l’air…

28/07/2012
« Tout ça pour ça » serait-on tenté de dire à la lecture des mesures annoncées par le gouvernement Ayrault pour venir en aide à la filière automobile. Ne revenons pas sur les effets de manche provocateurs du ministre Montebourg, sans doute faut-il y voir quelques scories de sa formation d’avocat. Tout ça pour arriver à 2.000 € de bonus supplémentaires pour l’achat d’une voiture 100% électrique, ce qui portera le montant de la prime de 5.000 à 7.000 €, et à 4.000 € pour les autos hybrides (bonus accessible aux sociétés) que nous produisons également, sachant que leur principal concurrent, Toyota, peut se targuer de produire en France, à Valenciennes.
Voilà une nouvelle qui pourrait susciter une réplique très gauloise : « Ils n’ont qu’à faire des voitures électriques à 7.000 € chez Peugeot ! »
Mais soyons sérieux… et concrets. Ce n’est pas avec 2.000 € de bonus en plus que les Français iront massivement acheter des véhicules électriques à plus de 20.000 €, ce que coûtent les Peugeot iOn et Citroën C-Zéro, car même avec un rabais de 7.000 €, on arrive encore à quasiment trois fois le prix d’une citadine essence comme la 107 par exemple.
« Un prix acceptable pour les voitures électriques Peugeot et Citroën » (à savoir 22.500 €) peut-on lire sur le site « voiture-électrique-populaire.fr ». Remplaçons le « populaire » par « bobo », et on comprendra mieux ! Et il ne s’agit pas d’un avis isolé, les propositions ne manquent pas, ainsi le « Club des Voitures Ecologiques », où l’on retrouve des parlementaires et des industriels, suggère au gouvernement d’aller plus loin en instaurant un crédit de 2.000 € de télépéage autoroutier pour les voitures électriques, hybrides, roulant au GPL, au GNV, à l’éthanol E85, et aux voitures de moins de trois mètres. Mais n’est-ce pas folie d’inciter, par la gratuité des péages, des gens conduisant des véhicules de 2,70 mètres ou 2,80 mètres d’emprunter des autoroutes où règnent quasi sans partage les 45 tonnes ?
Et pourquoi pas le remboursement des vacances si on y va en tout électrique ? Soyons sérieux, encore…

 

 

Oui, l’électrique a un avenir

Il s’est vendu en France l’an passé 2.630 voitures 100% électriques, dont à peine 10% à des particuliers. Nous ne sommes pas à un pour cent du marché mais à un pour mille. Et si les chiffres du premier semestre 2012 semblent meilleurs (2.271 autos vendues en six mois), c’est parce qu’il y a les 1.383 « Bolloré Blue Car » mises à disposition des utilisateurs potentiels à Paris. Nous évoquions plus avant les Peugeot iOn et Citroën C-Zéro, les seules véritables offres françaises depuis 2011 avec Fluence de Renault, elles ont trouvé, respectivement, 639, 645 et 396 clients (des sociétés et administrations en très grosse majorité) avec pourtant un bonus de 5.000 € à la clé.

Attention, cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun avenir pour la voiture 100% électrique, bien au contraire, avec des aides elle ne pourra que se développer, mais sur un créneau spécifique, car tout le monde n’entre pas dans le « moule » du client idéal. D’ailleurs, chez Nissan, qui commercialise la Leaf, on ne le cache pas : si vous habitez en centre ville au troisième étage d’un immeuble, la voiture électrique n’est pas faite pour vous, vous ne pourrez jamais recharger à domicile.

Oui, il y a un beau potentiel de clients, elle peut être la 3ème ou 4ème voiture d’une famille, pourquoi pas le véhicule principal pour ceux qui ne roulent pas beaucoup et qui ont accès aisément à la recharge, et bien sûr il y a les flottes d’entreprises et administratives. Le domaine de la petite livraison urbaine et périphérique entre totalement dans ce créneau-là. De quoi passer très vite de 2.000 à 20.000 immatriculations dans l’année, et atteindre ainsi le fameux cap du un pour cent.
Mais nous sommes encore très loin des prévisions à moyen terme de la marque Renault qui a beaucoup misé sur cette solution alternative et qui fait aujourd’hui un surplace dangereux. Il sera temps de voir arriver Zoé dans les concessions, et surtout de mesurer l’impact sur la clientèle, parce que celle-ci ne semble pas farouchement désireuse de rouler avec Twizzy !

Oui encore, la voiture électrique a de l’avenir, mais elle ne doit pas coûter deux fois le prix de son équivalence thermique, même avec les bonus, elle doit être équipée comme une auto « normale », il n’est pas interdit de la faire sexy et attrayante, à l’instar de C-Zen, l’auto produite 100% électrique et 100% français du constructeur lyonnais Courb. Et surtout, il est illusoire de vouloir l’imposer en lieu et place d’une auto thermique aux particuliers. 

Souvenons-nous que le succès de l’automobile depuis plus d’un siècle tient à cette devise : « Aller où on veut et quand on veut ! »  120 ou 150 km d’autonomie ce n’est déjà plus « où on veut », et donc plus « quand on veut ». Certes le 100% électrique a un avenir dans le monde automobile, mais à côté du mode thermique, comme l’éolien et le solaire ont leur place à côté du nucléaire.

 

 

La réalité du marché et la réalité industrielle

Un plan pour rien… tout ça pour ça ? La santé actuelle de nos constructeurs, notamment PSA, mais Renault n’est pas non plus au mieux de sa forme, ne s’améliorera pas à coup de bonus sur les solutions alternatives, bonus qui seront payés nous dit-on, par une forte augmentation des malus sur les autos puissantes. Gare ! Si nous décidons de surtaxer les voitures allemandes, car c’est de cela dont il s’agit en vérité, il y aura forcément un retour de manivelle dans l’autre sens…

En fait, le mal que l’on découvre aujourd’hui est profond, il tient en une seule réalité : nous ne fabriquons pas assez de voitures haut de gamme, de celles qui débutent à 30.000 € au tarif, et qui peuvent aisément atteindre 50.000, voire 70.000 €. Nous avons délaissé ce marché il y a déjà trop longtemps, et ce pour nous concentrer sur la production de petites autos, pas chères, et qui par conséquent ne rapportent pas assez, ni aux constructeurs, ni aux concessionnaires. C’est toute la filière qui s’est appauvrie sans s’en rendre compte. Ces autos rapportent si peu que pour gagner un billet de 500 ou 1.000 €, nos constructeurs sont obligés de déménager côté Carpates ou Grand Atlas. Et si PSA a davantage de soucis de trésorerie que Renault, c’est parce que l’entreprise produit encore trop d’automobiles ici en France. Un comble ! 

Que peut-on faire ? On nous dit qu’il faudrait réduire chez nous le coût du travail. C’est vrai, on irait dans le mieux, et la hausse de deux points de TVA décidée par le gouvernement Fillon allait dans le bon sens. Mais on n’en parle plus. Pourtant soyons clairs, le coût du travail c’est au maximum 15% du prix de revient d’une auto. Si on baisse de 20% le coût du travail, ce qui peut paraître énorme à première vue, en fait, on ne baissera le prix de l’auto que de 20% sur les 15% cités plus avant. Sur une voiture de 10.000 €, vous aurez gagné 300 €. On ne relancera pas la machine avec 300 € de moins sur le prix d’un véhicule.

En 2005, nous produisions 3,5 millions de véhicules sur le sol français, ce chiffre est tombé à 2,2 millions en 2011. En dix ans, l’industrie automobile a perdu 30% de ses emplois directs et indirects sur notre territoire. Il reste aujourd’hui 800.000 emplois dans ce secteur. Ce sont ces emplois qu’il faut protéger, tout le monde semble le comprendre soudainement. Mais ne nous leurrons pas, nous sommes désormais dans une position où il faut sauver les meubles, et rien ne laisse présager que les dernières annonces de suppressions de postes seront… les dernières. Nous allons peut-être encore perdre de nombreux emplois dans la filière auto pour la seule raison que nous coûtons trop cher, et c’est toute notre industrie qui est concernée.

Mais il n’y a pas que l’industrie. Si les fonctionnaires n’étaient pas payés par l’Etat, la moitié d’entre eux serait aujourd’hui au chômage. C’est la réalité, les chiffres ne mentent jamais et ils ne pratiquent pas la langue de bois. Pour reprendre l’expression du ministre Montebourg, PSA est peut-être un malade imaginaire, mais partout ailleurs la maladie gagne du terrain. Il va falloir trouver de bons docteurs…

Enfin, sans vouloir remuer le couteau dans la plaie, ne filons pas à l’anglaise sur des responsabilités collectives : depuis quelques années, certains responsables politiques, certaines associations et autres « penseurs officiels » n’ont pas eu de mots assez durs pour accuser l’automobile de tous les maux qui frappent la planète, ils continuent d’ailleurs : l’auto tue, l’auto pollue, l’auto est ringarde, au mieux la seule issue acceptable était le « low cost ». Beau travail !

 

Jean-Yves Curtaud

 
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