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Un monde meilleur en stand-by

31/12/2012
Dans une interview récente (30 janvier) donnée au « Parisien – Aujourd’hui en France », l’économiste Jacques Attali justifie le taux d’imposition qui vient d’être rejeté par le Conseil constitutionnel en expliquant « qu’une tranche à 75% pour deux ans ne serait pas tragique », nous avoue que Jean-Marc Ayrault à Matignon « est tout à fait au niveau », ou encore que « le modèle allemand est catastrophique… pace qu’ils n’ont pas d’enfants », alors que nous allons aller bien, d’après lui, grâce à notre démographie exemplaire.

 

Etonnant de la part d’un homme qui passe son temps depuis quelques années en conférences et publications rarement au diapason du vieux refrain populaire « Tout va très bien madame la marquise ! ». Attali qui défend l’action du Président et de son Premier ministre, voilà qui peut surprendre les tenants du rationnel et de la gestion à bon escient des deniers publics. Les mauvaises langues ne pourront pas s’empêcher de dire que l’homme fait un appel du pied en vue d’un éventuel (et probable) futur second gouvernement de François Hollande. Mais rien ne l’interdit…

 

 

Déjà Richelieu…

Bien sûr, ce satisfecit décerné avec palmes à l’action du nouveau pouvoir a de quoi surprendre. On ne reviendra pas sur notre définition d’un Président Zigzag (voir en « une »), mais évoquer le genre « catastrophique » de l’économie allemande, notre fabuleuse chance d’avoir une démographie en pleine forme avec 10% de chômeurs à ce jour et peut-être 12% à la fin 2013, et le matraquage fiscal, dont on sait très bien qu’il ne résoudra rien à moyen terme, revient quand même à nier l’essentiel : nous vivons très au-dessus des moyens de notre époque. 

En son temps, Richelieu, qui fut le brillant ministre de Louis XIII mais surtout connu pour son intransigeance et pour avoir initié la conception d’un Etat moderne, énonçait déjà les bonnes résolutions que nous devrions adopter sans tarder : «Pour n’être pas contraint à faire ces grandes levées, il faut peu dépenser, et il n’y a pas meilleur moyen pour rendre les dépenses modérées que bannir toutes les profusions et condamner tous les moyens qui sont à cette fin » expliquait l’homme d’Etat. 

Alors bien sûr, les besoins et les nécessités du 21ème siècle n’ont rien de commun avec ceux du 17ème siècle. Mais si nous désirons poursuivre notre quête vers un monde toujours meilleur (je ne parlerai quand même pas du « beau et du bien » façon Socrate), prenons garde de ne pas être obligés d’abandonner l’essentiel sur le bord de la route parce que nous n’aurons plus les moyens de le financer : la santé, l’éducation, la recherche, ces secteurs seront terriblement exposés et fragilisés si nous ne voulons pas – enfin ! – ouvrir les yeux et comprendre que nous ne pouvons plus laisser couler l’eau de la fontaine jour et nuit et à profusion sans jamais relever le compteur de la consommation.

 

Les efforts toujours reportés

Il est étonnant de constater que depuis une dizaine d’années, et surtout de manière accélérée depuis la reconnaissance de la crise en 2007, tous les économistes sont unanimes sur un point, la France doit absolument faire des économies colossales pour espérer retrouver de la croissance et s’éloigner des gouffres abyssaux de la dette. Mais aucun gouvernement n’a semble-t-il pris la mesure de l’alerte, tous ont plus ou moins bidouillé des mesurettes sans jamais oser poursuivre la tâche jusqu’à son terme. Il est vrai que le risque est énorme politiquement, c’est une vieille histoire nationale, ne jamais dire la vérité aux Français car, paraît-il, ils ne sont pas capables de l’accepter. C’est donc toujours Daladier qui revient de Munich en nous disant qu’après tout les Allemands ne veulent pas plus que nous de la guerre !

Un exemple ? La réforme des retraites a mis les Français dans la rue, le gouvernement Fillon n’a pas cédé, du moins en partie, mais comme nous ne sommes pas allés assez loin en une seule fois, il faudra recommencer avant 2020 car le compte n’y est pas. Et monsieur Attali nous dit aujourd’hui que les Allemands ne pourront pas financer leurs retraites parce qu’ils ne font pas assez d’enfants ? Et si on s’occupait de la France d’abord ?

Cette crise, que d’aucuns qualifient de plus grande crise depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale, et ce qu’il se passe dans certains pays du sud de l’Europe pourrait avaliser cette classification, cette crise devrait avoir pour corollaire des mesures d’extrême urgence, mesures continuellement reportées. Et tout le monde doit mettre la main à la poche, l’Etat, les collectivités, les citoyens, pas forcément en payant davantage d’impôts, mais d’abord en attendant moins à ce même Etat, en rationalisant la consommation de produits venus du bout du monde, en stoppant la jérémiade professionnelle entretenue par des syndicats de fonctionnaires… il en va de la survie de nos emplois privés, ceux qui apportent la plus-value nécessaire au bon fonctionnement des machines. 

Il y a quelques semaines, certains conseils généraux ont décidé de demander une infime partie des frais de transport aux parents dont les enfants sont pris en charge chaque jour par ces services d’autocars. Tollé général des associations et autres collectifs, rendez-vous compte, certains allaient devoir payer au conseil général 7 à 10 euros chaque mois pour véhiculer leur progéniture de la maison (des fois au fond des bois) au collège et retour. Même pas le prix d’une pizza ! Voilà un exemple concret de ce que nous ne pouvons plus faire, du tout gratuit et tout le temps.

Et pour reprendre les propos de Jacques Attali sur l’Allemagne, je dirai qu’il suffira de voir en 2013, en 2014 ou en 2015, qui aura le mieux réussi à gérer cette situation de crise dont la fin n’est pas au bout du tunnel, mais entre nos mains.

 

J. Nimaud

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