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L’Afrique de l’Ouest entre AQMI et la Chinafrique…

20/02/2013
Et de sept, sept Français de plus au compteur des otages détenus en Afrique, et cette fois-ci c’est une famille entière, parents et enfants, qu’un groupuscule à motos, issu nous dit-on d’une faction dissidente du Boko Haram, talibans de l’Afrique de l’Ouest, a attaquée au nord du Cameroun. Et les experts de la chose terroriste de nous expliquer aussitôt que cette région a toujours été particulièrement dangereuse… ou pas.

 

 

Entre Maghreb et Congo

En fait, c’est toute l’Afrique de l’Ouest, notre zone d’influence naturelle depuis la colonisation, qui est désormais déstabilisée de manière générale : Mauritanie, Mali, Niger, Tchad, Sénégal, Guinée, Gabon, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Cameroun, Nigeria… c’est comme si cette vaste région grande comme dix fois la France, réunie depuis 1975 sous la CEDEAO ou Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest, était de fait sous la coupe de groupuscules djihadistes se déplaçant en 4X4, motos et mobylettes. Ici une trentaine de combattants, ailleurs cinquante à cent, pour contrôler un territoire immense qui part du sud Maghreb pour aller jusqu’au Congo ou au Soudan. 

Et apparemment, tout le monde se fout de ce qu’il se passe là-bas, la position de nos chers amis, alliés et néanmoins concurrents européens sur le conflit au Mali est claire : que la France arrogante et coloniale se débrouille (et se débrouille sera la version diplomatique !). Quant à l’ONU, elle se couvre une fois de plus de ridicule, mais on ne peut pas demander de faire quelque chose à des gens qui, justement, ne sont bons à rien, à part prendre des avions régulièrement pour aller se faire voir ailleurs et justifier leurs émoluments colossaux. Que la France se débrouille, on entend même chuchoter en off, « elle l’a bien cherché ! ».

Eh oui, nous sommes officiellement partis de cette région du continent africain il y a cinquante ans, un peu poussés il est vrai par les deux frères ennemis de l’époque, les Etats-Unis et l’Union Soviétique, sans doute pensaient-il très vite occuper la place, mais l’intelligence politique du général de Gaulle a sauvé nos meubles, car indépendants certes, ces pays sont restés francophones et sous influence française.

Ce qui nous a permis d’être en pole position en matière d’exploitation de minerais rares, entre autres. 

Bien sûr, on parlera encore de colonisation rampante sous le label de cette fameuse « Françafrique », et bien sûr nos voisins européens n’ont jamais manqué de jeter l’opprobre sur les méthodes de la France, et d’ailleurs pas seulement ici en Afrique, on pourrait rappeler l’action de la Norvège à Madagascar sous couvert « d’évangélisation nordique » des populations, mais dont le seul but inavoué était de prendre notre place dans le domaine de la recherche pétrolière. On retrouvera même la présence d’Eva Joly dans les années 2000 comme conseillère auprès du dictateur anti-français Marc Ravalomanana, aujourd’hui en fuite en Afrique du Sud.

Oui, la présence française dérange énormément en Afrique de l’Ouest, et cette entrée en scène de groupuscules djihadistes qui n’auraient de comptes à régler qu’avec nous, n’a rien de fortuite. Des groupuscules financés, nous dit-on régulièrement, par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Pourquoi pas…

 

 

Islamisation ou business ?

Hormis l’islamisation forcenée de ces pays il n’y aurait aucune autre raison ? Nous prendrait-on pour des quiches ? On peut aussi comprendre la situation actuelle de deux manières différentes et autres que religieuse.

Depuis quelques années, l’Afrique de l’Ouest est devenue la nouvelle route de l’acheminement de la cocaïne vers l’Europe, et on sait très bien que des Touaregs transportent cette drogue à travers le Sahara. Il ne fait aucun doute que des politiques, des militaires, des fonctionnaires des pays concernés sont impliqués dans ce vaste et juteux trafic. Ne parle-t-on pas de blanchiment d’argent sale à travers des opérations immobilières et liées au tourisme ? Plus au nord, le Maroc produit énormément de cannabis, et cette fois-ci on pourrait faire le lien entre les gains générés par cette activité et la bulle immobilière espagnole.

Mais l’Afrique de l’Ouest est surtout une sorte d’eldorado pour certains pays émergents, disons les plus peuplés et qui émergent. Les intérêts miniers et énergétiques peuvent aujourd’hui devenir source d’enjeux colossaux, voire vitaux pour ces pays. Uranium, nickel, aluminium, gaz, pétrole, platine, or, manganèse, phosphate, fer, charbon… pour les plus demandeurs, s’assurer un très large accès à l’abondance des ressources naturelles de l’Afrique de l’Ouest peut justifier toutes les actions. L’appétit est gargantuesque car il en va de l’existence même de certains.

Et c’est ici qu’entre en scène la Chine… 

Il y a vingt ans, la Chine était le plus grand exportateur de pétrole d’Asie de l’est, elle est aujourd’hui le premier importateur au monde d’or noir. Voilà ce qui a changé en peu de temps. En une décennie, les échanges entre la Chine et l’Afrique ont été multipliés par douze, depuis 2010, elle est le principal partenaire bilatéral du continent.

Il faut être lucide et sortir de cette stupidité chronique, l’Afrique est désormais une gigantesque promesse économique pour la Chine. Et comme par hasard, c’est le Niger qui a la préférence de l’Empire du Milieu en terme d’investissements. Rendez-vous compte, la Chine a racheté « Enitex », société nigérienne de textile. N’allez pas penser que seul l’uranium pourrait intéresser ces gens si polis. SI ça se trouve il ne savent même pas qu’Areva est déjà sur place !

On évoquait Madagascar plus avant, souvenons-nous que sous Ravalomanana, la Chine a tenté de faire main basse sur une très grande partie des terres agraires de l’île. L’action de la France à cette époque pour chasser le dictateur n’était peut-être pas étrangère à cette arrivée de l’Empire du Milieu.

 

Marché de dupes ?

C’est ainsi, pendant que nous envoyons nos soldats remettre un peu d’ordre au Mali et dans la région, et ce sous le « regard bovin » de nos alliés européens qui nous considèrent encore comme de sales colonisateurs, Chinois et Indiens, entre autres, sont en train de prendre notre place sur ce continent. Et dites-vous bien que lorsque nous n’y serons plus – ce qui ne devrait pas prendre beaucoup de temps -, ces nouveaux venus traiteront les populations autochtones comme des esclaves, mais là personne ne parlera de « sales colonisateurs ». Quand un pays d’1,5 milliard d’habitants décide d’agir comme bon lui semble, personne ne moufte dans la meute, on rappellera que la Chine est un fabuleux marché ! Marché de dupes ?...

Désormais, il appert que ces mouvements islamistes ne sont finalement que des leurres, peut-être par ailleurs financés par ceux qui ont intérêt à nous voir plier les gaules sur place, non pas pour des raisons religieuses, mais tout simplement pour exploiter à notre place ces matières premières dont ils s’apprêtent à nous priver totalement dans les dix années à venir. Il serait peut-être temps que l’Europe comprenne et sorte de cette léthargie imbécile. Mais en a-t-elle encore envie ?

En tout cas, nous ne pouvons que nous féliciter de voir la France réagir au Mali, même si cet engagement est en totale contradiction avec les promesses électorales du taulier actuel. Au moins aurons-nous essayé de sauvegarder quelque chose en Afrique de l’Ouest, et notamment l’honneur des habitants de ces pays victimes de la corruption et de ces nouveaux cartels qui font dans tous les business : drogue, matières premières, terres agricoles, commerce de bois rares. 

Et là encore, apparemment, toute l’Europe s’en fout.

 

Jean-Yves Curtaud

 
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