RECHERCHER SUR LE SITE

Sortons du brouillard : quelle économie et pour quel type de société ?

19/04/2013
« Être riche et être de gauche, ça me semble tout à fait compatible », c’est la révélation divine du moment, c’est ce que nous expliquait récemment un ministre du gouvernement Ayrault qui venait de participer au grand déballage de printemps.

 

 

Évidemment que c’est compatible, rien n’interdit à un élu qui a le cœur à gauche d’avoir le portefeuille bien garni. Il devra vivre avec cette évidence, il n’est pas aimé par son chef qui lui, n’aime pas les riches. 

En fait, là n’est pas le problème car les Français ne s’intéressent pas à cette affaire, ils ont bien compris que le pouvoir allumait un contre-feu afin de tenter de sauver l’essentiel, l’image d’un pouvoir incapable de donner les bonnes réponses aux interrogations du moment.

 

Le monde a changé

Fin 2012, la dette de la France se montait à 1.823 milliards, somme qui, évoquée ainsi ne veut pas dire grand-chose. En termes plus concrets, c’est deux fois moins que l’épargne financière des Français (3.600 milliards), mais c’est aussi près de quatre fois le montant des transferts sociaux d’une seule année, environ 36 ans de recettes d’impôt sur le revenu et 11 ans de recettes de TVA. 

Cette dette représente aussi les impôts de demain, le pouvoir d’achat de demain, les emplois de demain, et la dette de demain. Si nos parents et grands-parents avaient été aussi égoïstes que nous le sommes, nous n’aurions pas aujourd’hui la moitié de notre train de vie global. Si la dette qu’ils nous avaient laissée au début des années 70 ou 80 avaient été d’un montant identique, nous serions un pays totalement ruiné, un pays à la merci d’une dictature ou d’une guerre. Et il en va de même pour toute l’Europe Occidentale. 

Bien sûr, l’urgence de changement ne date pas de ce printemps, cette urgence a trente ans, trente années passées à dépenser sans compter l’argent qu’on gagne et celui que nous n’avons pas, l’argent des autres, l’argent de l’année prochaine. 

Il y a quelques semaines, Laurent Fabius s’exprimait dans « Aujourd’hui en France » par ces mots : « La situation actuelle n’est pas seulement une crise : c’est un véritable changement du monde et c’est celui que nous devons affronter puisque le travail n’a pas été fait avant. L’Europe ne domine plus la planète comme il y a cent ans, le travail ne ressemble plus à celui d’il y a trente ans, la compétition internationale et les technologies nouvelles bouleversent tout ». Voilà quelqu’un qui était déjà Premier Ministre il y a près de trente ans et qui vient de découvrir l’eau tiède. En 2012, il est monté dans le train de François Hollande qui klaxonnait dans chaque gare pour dire aux Français que le seul problème était Sarkozy, qu’il n’y avait pas de crise, et que toutes ces usines menacées seraient sauvées par le « changement maintenant ». On appellera ça plus tard le « redressement productif ». L’effet sera le même, un air de pipeau qui tourne en boucle.

Oui, Laurent Fabius a raison de s’apercevoir dix ans après les faits que le monde a changé, que les pays émergents émergent, plus vite que prévu par ailleurs, que la France n’est plus compétitive parce qu’elle a cru mordicus pouvoir avérer un nouvel ordre économique entre le capitalisme et le communisme, une sorte de socialisme mou qui aurait mis en tête de gondole de son grand bazar les loisirs et des services publics exponentiels.  Et nous voulions y croire à ce modèle douillet, à tel point que nous avons élevé en batteries des millions de citoyens incapables aujourd’hui de réagir face à la violence du marché. La mondialisation nous a blessés, la crise qui a suivi est sur le point de nous tuer. L’État crée chaque année des impôts nouveaux, un jour prochain plus personne ne pourra payer… gare !

 

Conception moniste de l’économie ?

« L’opinion chez un peuple est toujours déterminée par un intérêt dominant » disait Suard. Autre époque certes, mais l’habit fait toujours le moine, quoiqu’on en dise.

L’intérêt dominant aujourd’hui est l’intérêt personnel, chacun pour soi, le collectif pourra attendre. Le tout évidemment sous couvert d’un soi-disant élan collectif. 

Allez demander à ceux qui manifestent régulièrement (disons deux à trois fois dans l’année) ce qu’ils veulent : davantage d’emplois et de moyens dans les services publics, soit parce qu’ils y travaillent, soit parce qu’ils aimeraient que leurs enfants rejoignent ce magnifique corps qui ne compte pas sa fatigue, ou encore parce qu’ils ne paient pas d’impôts et que la note ne les concerne pas. 

A l’opposé, vous ne verrez jamais personne manifester son désir de voir s’enrichir le pays en développant son commerce et ses exportations, son intelligence et sa créativité, son « efficience » pour reprendre un mot à la mode, véritable source d’emplois à forte plus-value. Au contraire, dès l’école on apprend aux jeunes à se méfier de l’exploiteur caricaturé façon 19ème siècle. Par ailleurs, nombre de responsables politiques n’ont que mépris et suffisance à afficher face à cette France marchande qui s’occuperait de créer des richesses de boutiquier. Une France de loups cerviers.

La conception moniste de l’économie serait-elle l’idéalisme économique ou l’économie idéaliste, celle où toute notion d’enrichissement et de profit prévaudrait sur tout le reste ? On nous dira qu’il s’agit des bases du capitalisme. Mais certains n’hésitent pas désormais, à l’heure de la mondialisation de l’économie – ce que nous ne contrôlerons jamais depuis chez nous – à nous ressortir des théories économiques dignes de Plekhanov où la seule entorse au monisme serait la distinction entre l’esprit et la matière, le matérialisme étant l’antithèse de l’idéalisme.

Bras dessus, bras dessous les compagnons refusent la démocratie bourgeoise (même révolutionnaire), c’est le mouvement ouvrier qui doit seul prendre le pouvoir. Seul problème, il y a de moins en moins d’ouvriers : goodbye Lénine, bonjour Mélenchon !

Même pas grave, l’important est d’être contre. Contre les profits, contre la Bourse, contre le capital, contre les patrons, contre l’échelle sociale qui n’applique pas les critères d’égalité, cette égalité qui consiste à trancher tout ce qui dépasse. En fait, seul l’État serait vertueux et économiquement juste. On a bien vu comment les intellectuels ont accueilli l’idée – déjà ancienne – du « travailler plus pour gagner plus » : pas de ça chez nous ! 

L’idéal moniste serait une échelle des salaires allant de 1 à 1,2 ou 1,3 (pour les directeurs de coopératives), logements à l’identique en fonction de l’importance de la famille, auto petite pour tout le monde, vacances au camping et un « bon esprit de camaraderie » inscrit au fronton des ateliers. Ne souriez pas, c’est ainsi que certains voient la France de demain, ceux qui attendent que tout s’écroule pour récupérer le pouvoir dans le caniveau. 

 

Alors, quelle économie ?

Faut-il inventer quelque chose de nouveau avant qu’il ne soit trop tard ? Inventer ou revenir aux fondamentaux, ceux qui ont fait notre succès après guerre, revenir à ce fameux triptyque, «  inventer, fabriquer, exporter. »

Pour ce faire, il faut avoir conscience que le gâteau à partager doit grossir chaque année pour peu que l’on désirât, au minimum, obtenir une part identique à l’année précédente, on appelle cela la croissance. Nous en sommes loin. Très loin. Il suffit d’aller jeter un œil à la balance du commerce extérieur (ce qu’il nous reste entre importations et exportations), nous perdons plus de 50 milliards quand notre principal concurrent économique, l’Allemagne, en gagne 150. Le différentiel est colossal, il nous interdit tout progrès. Continuons à acheter frénétiquement tout ce dont nous n’avons pas besoin et que nous ne fabriquons plus, et nous coulerons assurément. 

Une enquête récente montrait que dans notre pays, seulement 21% des jeunes pensent que le travail doit passer en premier (57% en Espagne). N’est-ce pas dès l’école qu’il nous faut agir ? Comment se fait-il que chez nos voisins Allemands les deux tiers d’une classe d’âge suivent une formation en alternance entre école et entreprise contre moins de 10% en France ? Cette formation, apparemment dégradée chez nous, n’est-elle pas le creuset des futurs emplois hautement qualifiés, ceux qui permettront à une industrie de qualité et compétitive de trouver des marchés sur toute la planète ? Nous éviterions peut-être les gesticulations d’un ministre faisant semblant de sauver des entreprises qui disparaîtront forcément parce que non rentables. 

Mais dans un pays où semble-t-il on ne peut même pas comprendre qu’avec une espérance de vie supérieure d’environ vingt ans par rapport à l’époque où l’on a commencé à travailler jusqu’à 65 ans, il serait bon de prolonger de deux ans le quota travail avant de passer au quota farniente, admettons que remettre l’idée d’effort avant tout relève de l’utopie ou de la logique bifide. L’attente de jours meilleurs s’apparente à un messianisme invétéré.

En attendant, comme on dit, il faut faire avec, et se retrouver à la merci d’un grand coup de colère qui nous mettrait encore plus bas qu’à présent, à la merci de gens qui nous feraient vivre comme des enfouis menés à la baguette, des révolutionnaires scandaleux qui ont profité grassement d’une idéologie fascisante qui a brimé des centaines de millions d’Européens durant quarante ans à l’est. 

 

Inventer, fabriquer, exporter

Inventer, fabriquer, exporter, elle est là notre espérance. Pour inventer il faut être à l’écoute du monde de demain, anticiper les besoins futurs, créer avec une folle envie de réussir. Pour fabriquer, il faut des entrepreneurs, des gens qui risquent, il faut des hommes et des femmes formés et motivés. Et pour exporter, il faut les bons produits au juste prix et qui laissent des marges convenables pour faire vivre tout le monde de manière… convenable. Ainsi, le fameux gâteau évoqué plus avant grossira chaque année un peu plus. 

Faut-il avoir peur ? Sans aucun doute si, ici en France, nous n’acceptons pas de passer à autre chose, à une autre manière d’aborder l’économie, de nous projeter dix ans en avant et non pas cinquante ans en arrière pour comptabiliser nos acquis, des acquis distribués quand tout allait bien, et ceci avant que nos déficits et notre dette nous interdisent toute possibilité d’expansion. 

Comment accepter que les seuls intérêts de cette dette absorbent chaque année ce que produit l’impôt sur le revenu ? Rendez-vous compte pauvres contribuables, que ce que vous versez au fisc au titre de l’impôt ne sert strictement à rien, ne produit rien, c’est le banquier qui nous prête l’argent chaque mois pour payer notre train de vie ahurissant qui en profite. Et il y a encore des gens pour descendre dans la rue et réclamer davantage de moyens et de personnels dans les services publics ! Il serait peut-être temps d’introduire des cours d’économie à l’école dès la classe de 6ème. Problème, si ce sont ceux qui sont dans la rue qui font les cours, nous ne sommes pas sortis du pétrin… 

 

Jean-Yves Curtaud

 
Partager cet article twitter : Partager cet article | facebook : Partager cet article |
En ligne
5 visiteur(s) 0 membre(s)