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Les chinoiseries de l’Europe

21/05/2013
D’aucuns diront que l’Europe se réveille enfin, d’autres, à l’instar du ministre allemand de l’économie, qu’il s’agit d’une « grave erreur ». Quoi qu’il en soit, la Commission Européenne vient de déclarer la guerre à la Chine à travers deux secteurs, le solaire et les télécoms. On pourrait également ajouter la godasse à 4 euros qui a envahi nos marchés et boutiques low cost, ou cette porcelaine « made in China » qui est en train d’asphyxier notre production nationale…

 

 

Droits de douane « prohibitifs » ?

Sans doute le fait que l’on dénombre aujourd’hui quelque 27 millions de chômeurs au sein des 27 pays de l’Union Européenne, n’est pas étranger à ce coup de colère du Vieux Continent face aux « envahisseurs » commerciaux venus du bout du monde. 

Il faut dire que le déficit commercial de l’Europe avec la Chine était de 145,8 milliards d’euros en 2012, et quand on est un peu juste pour finir le mois, ça la fout mal ! Rappelons qu’au début des années 2000, ce même déficit ne dépassait pas les 50 milliards. Voilà cent milliards supplémentaires qui ont quitté l’Union pour s’en aller enrichir notre principal concurrent, et l’affaire se répète chaque année depuis 2005. Faites le compte.

Alors, la Commission a décidé de frapper fort à travers des droits de douane qui pourraient aller jusqu’à 68% sur les panneaux solaires afin de faire cesser ces pratiques qualifiées d’anticoncurrentielles. Et l’affaire est prise au sérieux du côté de Pékin car la Chine, que l’on soupçonne de pratiquer le dumping sur ce secteur-là, exporte 80% de sa production solaire vers l’Union Européenne. C’est pourquoi elle a décidé de saisir l’OMC pour empêcher cette taxation, et les premières victimes collatérales de cette bataille pourraient bien être les Airbus que notre VRP de Président annonçait avoir vendus il y a quelques jours lors de son voyage éclair au nadir, d’autant plus que l’Europe veut imposer sa taxe aérienne sur le C0², taxe que la Chine et l’Inde, gros pollueurs aériens (avec les Etats-Unis), refusent d’acquitter.

 

Cacophonie ?

Il est dommage que l’Europe ne fasse pas front d’une même voix sur ce sujet, mais comment également reprocher à l’Allemagne, qui représente à elle seule 50% des exportations de l’Union Européenne vers la Chine, de ne pas être en accord avec cette décision – un peu tardive –  prise par la Commission depuis Bruxelles ?

Posons-nous la question de savoir pourquoi nous enregistrons un tel déficit au niveau de l’Europe au moment où la Chine monte en gamme sur tous les secteurs, l’autre domaine, les télécoms, étant significatif à ce sujet. Va-t-on attendre de voir arriver sur notre sol des automobiles chinoises enfin aux normes européennes qui seront vendues 30 à 50% meilleur marché que les nôtres pour changer d’attitude ?

L’Europe s’appauvrit par manque de lucidité, mais aussi par manque de volonté et de courage face à ces nouveaux challenges économiques. Nous venons d’entamer la deuxième décennie de mondialisation avérée, et nous avons encore des réflexes des années 90. Battons-nous pour nous imposer sur place, chez eux, comme Danone vient enfin d’y arriver en s’associant avec une énorme société chinoise, Mengniu, pour attaquer de front le marché des produits laitiers dont on annonce une expansion de plus de 50% avant deux ans. 

L’Europe ressemble un peu à la France, son déficit commercial avec un seul pays est énorme, à l’instar de notre déficit commercial national, alors que l’Allemagne engrange des bénéfices sur ce terrain-là. Enfin, la première des défenses, la plus élémentaire peut-être, serait de consommer mieux en consommant moins. Mieux en achetant des productions nationales de qualité dont la durée de vie sera supérieure à ces produits bon marché mais très bas de gamme qui arrivent par cargos entiers chaque jour sur notre continent. Mais il s’agit ici d’un tout autre débat…

 

Jean-Yves Curtaud

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