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Un nouveau pacte social

02/05/2013
L’état délabré de notre République risque d’entraîner, à court terme, une montée vertigineuse des populismes. Non pas comme celle que l’on a pu connaître avec un Le Pen à 18% ou un Mélenchon à 10%, mais avec des scores tutoyant, voire dépassant, ceux des deux grandes formations traditionnelles de gauche et de droite, PS et UMP. On le voit aujourd’hui avec les sondages calamiteux pour le pouvoir, dont son représentant principal serait écarté du second tour d’une présidentielle, mais la droite classique n’est pas non plus à l’abri d’un séisme politique inconnu chez nous depuis de nombreuses décennies, du moins depuis la naissance de la 5ème République en 1958.

 

 

La marche des janissaires ?... 

Du coup de balai d’un dimanche de mai sous la houlette du technicien de surface en chef Jean-Luc Mélenchon, au souffre piquant de la révolte, il ne pourrait y avoir que peu de temps eu égard à la marche folle des mauvaises nouvelles tombant comme la neige d’Adamo quand tout est gris de désespoir. Il n’est pas un jour sans l’annonce d’un vaste plan de licenciement, sans la découverte de quelques centaines de milliers d’euros sur le compte d’un élu célèbre, sans la révélation d’une fusillade au pied d’un immeuble ou dans un bar à voyous, sans la prévision de jours encore plus mauvais à venir… Et à l’autre bout du fil, certains se frottent les mains, évoquant déjà les janissaires prêts à en découdre avec ces affameurs du peuple.

Mais détrompons-nous urgemment, les Français ne sont pas des esclaves, ils ont la possibilité quasiment chaque année de délivrer leur message à travers moult élections, locales, régionales, nationales et même européennes. Il leur est loisible de sanctionner à tout moment ce qu’ils ont fait l’an dernier en préférant Hollande à Sarkozy, sans optation il est vrai, un peu par défaut parce qu’on leur avait expliqué en long, en large et même de travers, que Nicolas Sarkozy était le pire Président que la France n’ait jamais eu. Un an plus tard, ils seraient, apparemment, majoritairement d’accord pour le voir revenir. 

Les Français seraient-ils des girouettes comme un Edgar Faure d’une autre époque, ou des veaux comme le suggérait un certain Général de la même époque ?  Ni l’un et ni l’autre, ils sont juste un peu paumés au milieu d’enjeux économiques et sociaux qui, désormais, dépassent très largement nos frontières habituelles. 

Dans une Europe qui doit avancer au même pas, celui paraît-il dicté par la chef prussienne, les Français ont du mal à se couler dans un moule beaucoup moins douillet qu’il y a vingt ou trente ans. Du moins, c’est ce que nous croyons… à tort.

Que serions-nous aujourd’hui sans cette mutualisation européenne ? La cause de nos problèmes n’est pas à Bruxelles ou à Berlin, mais ici, chez nous. Elle a pour nom 35 heures, retraite à 60 ans, congés payés et RTT à profusion, services publics pléthoriques ou du moins pas toujours à la hauteur des moyens attribués, bureaucratie tentaculaire et asphyxiante, absence de formation aux métiers à forte valeur ajoutée en matière d’exportations, manque de PME qui sont les carburants de l’embauche, et surtout un pessimisme incroyablement injurieux vis-à-vis de tous ces acquis obtenus décennie après décennie et auxquels nous nous accrochons quitte à nous fracasser sur le sol en même temps que la belle branche sur laquelle nous étions assis.

 

Un nouveau pacte, signé et contresigné

Qu’on le veuille ou pas, nous sommes au bout d’un chemin et nous avons peur de ce qui nous attend de l’autre côté. Sentiment naturel, ce chemin nous le connaissions bien, on y trouvait tout, y compris de quoi bien vivre, de quoi bien se loger, de quoi se divertir, même sans travailler. C’était compris dans le pacte social, normal d’aider ceux qui sont bloqués sur la route en cas de coup dur. Mais au fil des années, ces dépenses « imprévues » ont terriblement explosé, et aujourd’hui nous nous apprêtons à mourir de soif auprès de la fontaine, pour reprendre la phrase de François Villon. Un pays très riche qui a tout fait pour devenir un pays pauvre, c’est ce que nous allons laisser aux générations suivantes. 

Alors, de Marine Le Pen en Mélenchon, de Besancenot (existe-t-il encore ?) en CGT, il va falloir nous préparer à vivre des journées de manifestations, de conflits, de grèves, et, on nous le prédit, de révoltes, peut-être certes, mais au nom de quoi ? Ces parangons de vertu qui soufflent sur les braises ont-ils des pouvoirs de thaumaturges, apportent-ils les bonnes réponses à nos questions ? On peut en douter, car ils n’attaquent jamais le fond du problème avec le côté grattoir de l’éponge. Au contraire, ils nous savonnent habilement en montrant ceux que nous devons abhorrer, ceux qui nous prennent nos sous, ceux qui décident pour nous ailleurs, en des lieux mystérieux, dans les arrière-boutiques des parlements nationaux, ces officines vendues à la grande finance dont le seul but est d’appauvrir le brave peuple. 

Billevesées que tout ça ! La réalité est bien moins passionnante, bien moins mystérieuse : nous vivons très au-dessus de nos moyens et depuis trop longtemps. Avec « l’officialisation » de la mondialisation apparue avec le millénaire nouveau, nous devions changer de cap, OBLIGATOIREMENT, nous devions réécrire ce pacte social qui nous a permis de progresser, et ce malgré les coups de vent force 8 des chocs pétroliers par exemple, ce pacte social qui définit la feuille de route pour plusieurs décennies. Au lieu de ça, nous avons trempé dans des magouilles électorales – on appelait cela le pinard sur l’évier autrefois – promettant moins de travail à la semaine et des retraites plus tôt, le tout entraînant la fonte des marges des entreprises donc l’instabilité de leur pérennité, et ce pile au moment où la Chine, l’Inde, le Brésil, et bien d’autres pays dits sous-développés et émergents, débutaient une carrière dans le business international.

Même pas grave répondirent en chœur les centaures à qui nous avions confié les clés de la maison. Et les Français ont tout gobé, les bobards, les promesses, les cajoleries, ils ont même retourné le coupon-réponse pour un tour de manège supplémentaire il y a pile un an. La crise, quelle crise ? Osait-on encore leur répondre du haut des estrades durant la campagne présidentielle de 2012 !

Alors oui, il va falloir un autre pacte social, un pacte que les Français devront signer, et même contresigner pour plus de sécurité, car, et c’est dans la logique qui va suivre, ils devront accepter de faire pareil avec moins, voire plus avec moins, accepter de travailler plus et plus longtemps, accepter de ne plus demander au-delà de leurs moyens, de ne plus tricher, même si c’est une tradition gauloise, ils devront se faire à l’idée que leurs enfants ne seront pas forcément fonctionnaires dans une collectivité, arrêter de croire qu’un métier manuel est sale et dégradant, et peut-être faire preuve d’un peu plus d’humilité, de sagesse, en bref accepter de passer un peu moins de temps à se mirer le nombril.

Ces sacrifices, nos voisins Allemands les ont acceptés, cela remonte au début des années 2000, ce qui leur permet maintenant d’afficher des excédents colossaux dans leur balance commerciale malgré la crise (120 milliards en 2012), contrairement à la nôtre qui enregistrait la même année un déficit supérieur à ce que l’impôt sur le revenu rapporte à l’Etat. Croyez-vous que Mélenchon et Le Pen soient aptes à enfiler les habits de VRP, juste parce qu’ils clabaudent mieux que les autres ? 

Evidemment non, la solution est entre nos mains, soit nous acceptons ces sacrifices, peut-être pour dix ans, soit nous coulerons forcément, les miracles ne poussent pas dans le caniveau, au mieux certains peuvent y ramasser le pouvoir. Mais pour en faire quoi ?

 

Jean-Yves Curtaud

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